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Bénin : Ce que le mâle fait subir à la femme

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Selon la Genèse, pour lui donner ‘‘l’aide qui lui fût assortie, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme’’ (2/21-22). Femme issue d’une des côtes de l’homme. Saint Thomas d’Aquin en a conclu, au XIIIème siècle, que la femme est un ‘‘être occasionnel et accidentel’’. Selon le Coran, Allah dit : ‘‘Vos femmes tiennent lieu pour vous d’un champ à labourer, allez à votre champ comme vous l’entendez’’ (223/2). Au XVIIème siècle circule en France l’adage populaire : ‘‘Ce n’est rien, c’est une femme qui se noie’’. Sans Ecritures ni Prophètes, le mâle béninois a intégré ce qu’écrit en 2019 le philosophe Michel Onfray, en le déplorant : ‘‘Les femmes sont des valeurs d’usage et des valeurs d’échange (Sagesse, p. 459).
Est encore plus clair le Béninois du bord de mer, qui, au XXème siècle, conseillait souvent à son fils aîné en présence de sa mère : ‘‘Si tu découvres le cadavre d’une femme à l’ombre d’un arbre, tire au soleil ce vilain macchabée et poursuis ta route.’’ Ce à quoi la mère visée répliquait : ‘‘Entendez-moi ce que dit ce vaurien !’’ Vaurien ? Peut-être. Sauf que, à tomber d’accord avec elle, c’est toute une ‘‘sagesse’’ béninoise qui ne vaudrait plus rien car, à Abomey et à Ouidah, l’adage suggère que ‘‘si tu rends visite à ton ami pendant qu’il rosse sa femme, prête-lui main forte afin que soit bien tabassée la folle’’. Adage pour rire ? On rit jaune quand, dans la boîte de nuit inondée de whisky, le subconscient parle et que la parole des mâles sent ‘‘comme au soulèvement des grandes dalles publiques’’- relent des cœurs encrassés : ‘‘Les garces ne méritent que ça, empalées d’abord, tabassées ensuite’’. Mais les ‘‘garces’’ dansantes s’en balancent, occupées à festoyer aux frais de leurs mâles égrillards.
La férocité avec laquelle le mâle en général doit traiter la femme ne souffre chez le mâle béninois qu’une exception, sa mère : ‘‘Si tu insultes à ma mère, je te tue !’’ Femme bafouée, mère vénérée. Ruse de Satan ? On ne doute pas un seul instant de la vénération pour sa mère du ci-dessus père conseillant à son fils d’exposer au soleil le cadavre de toute femme. Mais quid de la mère de son fils, par ailleurs sa femme, sa fidèle épouse depuis des lustres ? Voilà le mâle béninois barbotant en pleine casuistique. L’unique raison sociale de la femme au Bénin, c’est de faire des enfants pour l’homme. Grâce á quoi, sauf accident regrettable ou désir de se faire vestale pour Jésus, la femme aligne, avant ménopause, au moins une demi-douzaine d’enfants pour un ou des hommes. Par définition, les Béninoises sont mères. Toutes à vénérer en tant que mères, et toutes à tabasser en tant que femmes ?
L’imbroglio béninois s’épanouit en clarté vive quand le faire-part de décès reconnaît le père et ignore la mère. Après la liste imposante des familles éplorées, liste assez souvent coiffée par une collectivité royale dénichée pour la circonstance, après la file des enfants, petits-enfants, neveux, nièces, cousins et cousines, dont des défunts ramenés pour annoncer le décès du parent ou de la parente, en quatrième de couverture, le mâle défunt donne des conseils précieux à sa quinzaine d’enfants : ‘‘Soyez unis, vivez dans l’amour…’’ Quant à la défunte, mère d’une demi-douzaine d’enfants, elle murmure une prière, un psaume d’abandon et de soumission : ‘‘Oui, tu es pour moi un abri, avec puissance, tu me protèges contre l’ennemi…’’ Elle a bien travaillé comme ‘‘être occasionnel et accidentel’’, qu’elle retourne maintenant au néant sans allusion à ses enfants qui n’appartiennent qu’à son mâle.
Ce texte, hors contexte politique, entend nommer le Mal : l’humiliation que le mâle impose depuis toujours à plus de la moitié de l’humanité en faisant endosser à ses créatures de fiction le funeste manteau de ses passions tristes. Subjuguée par la raison du plus fort et résignée, la femme sera la première à bouder cette réflexion. Elle restera fidèle à Yahvé Dieu et à Allah, très machos, pour ne pas déplaire à son mâle. Et le monde continuera d’aller mal.

Roger Gbégnonvi


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