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Chronique

Légende béninoise du panier de la ménagère

Sous couvert dudit panier, il s’agit de la doctrine béninoise que l’on peut traduire par : ‘‘Aussitôt pris aussitôt mangé’’. Plutôt bouffé. De façon animale et brutale. Car l’onomatopée ‘‘tcha’’ de la doctrine ‘‘só tcha dù tcha’’ évoque la célérité et la violence du piège métallique ou des mâchoires du caïman se rabattant avec fracas sur une proie, condamnée dès l’instant à la dévoration totale dans un estomac humain ou crocodilien. Só tcha dù tcha. Mais, lettré et politiquement correct, on parlera du ‘‘panier de la ménagère’’.
Naguère, aux premières heures du Renouveau démocratique, un politicien aspirant aux plus hautes fonctions de l’Etat, y alla d’une question qui marqua un grand moment de notre histoire : ‘‘Sont-ce les pavés que nous allons manger ?’’ Il insultait en effet les travaux de pavage, mesure imaginée par les Programme d’Ajustement structurel (PAS) pour atténuer quelque peu la montée en flèche du chômage du fait des travailleurs jetés à la rue du jour au lendemain. Il pensait panier de la ménagère. Mais s’adressant à une foule d’illettrés, il se devait d’être clair. Il fut concret. Un quart de siècle plus tard, en février 2019, au cours d’un dîner précédé de l’Ecosse et accompagné de Bordeaux, un convive interrogea : ‘‘Asphaltage, c’est quoi ? Qu’appelle-t-il asphaltage ?’’ Titulaire d’une maîtrise de gestion des entreprises, il savait ce que veut dire asphaltage et savait aussi, vu son âge, que son asphaltage à lui, gestionnaire devant un rouge raffiné, reprenait en écho le pavage de l’autre, haranguant une foule d’illettrés. Les deux ont tort cependant car, on a beau ne pas saluer la veuve et l’orphelin quand on les rencontre, on les aime encore assez pour ne pas leur donner à manger du pavé chauffé dans du goudron porté à ébullition. On sait raison garder.

Travaux d’asphaltage de routes au Bénin

Pour répliquer au gestionnaire, un autre convive choisit justement le camp de la raison. Pas d’imposture, mon gars. Modération et pondération, Votre Honneur ! Cotonou fait moins village poussiéreux, on y voit un peu mieux. Les routes bitumées, c’est bon pour nos véhicules usagés. Davantage disponible, l’énergie électrique profite aux brodeurs et aux soudeurs qui restent moins souvent et moins longtemps les bras croisés. Et si quelques déposants d’ICC-Services recouvrent une partie de leurs dépôts, tout cela peut avoir… Arrête tes billevesées ! Voilà le genre de discours collabo que les vrais patriotes doivent combattre avec force. Le type casse, renverse et casse, il augmente les taxes anciennes et en crée de nouvelles, il veut bouffer et il bouffe. Nous aussi, on veut bouffer, et il nous balance la CRIET, l’asphaltage, la fumée. Et toi tu balances l’encensoir pour en rajouter à la fumée. Y en a marre ! Depuis qu’il est là, il n’a rien fait pour le panier de la ménagère désespérément vide.
Le verdict. Imparable. Immédiatement exécutoire. Le condamné pendu haut et court au-dessus de la vacuité du panier de la ménagère. Inénarrables Béninois. Difficile de les changer. Si l’Archange Michel descendait vers eux les bras chargés de fleurs, il remonterait dans ses appartements célestes bien avant la fin de sa mission, estimant plus facile de contenter Lucifer en rébellion que de sauver les Béninois englués dans la mauvaise foi. Sacrés Béninois. Ils ont leur légende locale de la jarre gercée de trous que chacun doit venir boucher de ses doigts pour que l’eau y tienne. Comme s’il ne leur suffisait pas de ce vaste programme, ils ont récupéré l’universel et réel panier de la ménagère qu’ils ont transformé en légende béninoise de la béance. Propriétaires de deux béances, ils errent constamment entre jarre trouée et panier sans contenu. Mécontents – on le serait à moins – d’aller d’un vide à l’autre, ils boudent et ronchonnent sans cesse. Au fond d’eux-mêmes, ils veulent sortir du labyrinthe des néants pour illustrer enfin leurs compétences en imaginant et en créant la vie autrement. Ils en sont capables. Ils le feront pour enchanter l’existence ici et maintenant.

Roger Gbégnonvi

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