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Chronique

TaxePasMesMo: Travail et jeu se donnent la main au Bénin aussi

L’avant-dernier weekend de septembre 2018 aura été gros de frayeur et vibrant d’appels au secours. Puis soulagement quand fut abrogé le décret N° 2018-341 du 25 juillet : les amoureux du WhatsApp et autres applications ne paieront pas plus cher pour leurs amours. Revenons à présent, hors polémique, au discours qui suscita émoi et consternation.
Pour justifier que l’on paye ‘‘le prix plus fort’’, l’orateur s’en était pris, entre autres, à ceux ‘‘qui critiquent le Gouvernement’’ sur les réseaux sociaux. Lapsus sans doute. Mais Freud affirme que les mots qui nous échappent ont le don d’exprimer le fond de notre pensée. Le cas échéant, l’orateur fera le ménage dans son subconscient pour ne plus avoir à s’attaquer, à son insu, à la liberté de penser et de dire, qui constitue le socle de la démocratie. La Constitution du 11 décembre 1990 autorise, cela va de soi, toute critique qui n’est pas outrage. Par deux fois, elle évoque l’outrage, pour le condamner en son article 73, pour le punir en son article 76. En cela, elle fait bien. C’est d’ailleurs l’une des missions de la HAAC que de veiller à ce que notre liberté de presse ne se dégrade en liberté d’insulter nos adversaires politiques, car alors ce serait le début de la fin assurée de notre démocratie.
Des rires narquois indiquèrent à l’orateur que la langue lui avait fourché, et qu’il ne saurait punir les Béninois critiques envers le Gouvernement. Qu’à cela ne tienne, il maintint les réseaux sociaux dans son viseur et concentra ses tirs sur les ‘‘usages ludiques’’ : la peste, ce sont eux, et les pestiférés paieront le prix fort, car [c’est] ‘‘quand on a réglé certains problèmes qu’on écoute la musique et qu’on télécharge des films’’. Et il venait, à son insu encore, de donner la définition exacte du jeu, de la détente. Oui, quand on a bien travaillé pour régler certains problèmes, on s’amuse le soir à écouter de la musique ou à regarder un film, un verre de whisky à la main. Au petit matin, on repart au travail, régénéré. Taxer, pour les punir, ceux qui s’adonnent à des activités ludiques après avoir travaillé et qui ne se détendent que pour retourner au travail avec plus d’ardeur ? Non, ce serait trop injuste !
Au demeurant, la production de toute activité ludique suppose une masse énorme de travail, résumée par Aragon dans un alexandrin intense : ‘‘Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson’’. Et puisqu’il a dit ‘‘chanson’’, que de travail fournit Angélique Kidjo pour concevoir un morceau ! Et que de travail à nouveau pendant qu’elle lui donne vie sur la scène pour nous donner sourire et détente ! Sur scène, sa grande sœur capverdienne, la suave Cesária Evora – paix à son âme – avait toujours à côté d’elle sa fiole de whisky, grâce à quoi ses mélodies devenaient oasis pour les hommes et les femmes cherchant ‘‘le réconfort après l’effort’’. Or nous imaginons aisément ce qu’il a fallu de recherche et ensuite de sueur pour en arriver à la distillation de cet alcool qui confère lumière et beauté, détente, allure ludique pour tout dire, à nos fêtes les plus simples comme à nos fêtes les plus solennelles !
Sont sauves la bonne foi et la bonne volonté de l’orateur. Dont acte. Au service du pays, la tête à mille choses à la fois, on ne sait plus parfois où trouver les bonnes solutions. Pour se donner du courage, on s’approprie Rimbaud : ‘‘Frappe-toi le cœur, c’est là le génie’’. Notre Gouvernement, celui d’un ‘‘pays pauvre’’ (sic) cherche partout de l’argent pour que le Bénin ne joue pas les traîne-misère dans le monde en marche sur le grand boulevard du numérique. Son problème, le nôtre, est complexe. Car, ici comme ailleurs, le gouvernement compte d’abord sur les impôts et les taxes pour financer ceci et cela, financer tutti et quanti. Car, ici comme ailleurs, ‘‘trop d’impôts tuent l’impôt’’. Que faire ? Nous devons l’aider à résoudre la quadrature du cercle, que le weekend écoulé nous a renvoyée tel un oxymore obligé de nos existences, savoir que : Travail et jeu se donnent la main. Au Bénin aussi.

Roger Gbégnonvi

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