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Bénin-France: Pascal Gbèjígblé terré chez Marcel Dassault

Extraordinaire histoire bénino-française. Syndicaliste, il fuit le Bénin en proie au marxisme. Il s’exile en France. Il apprend que son ami d’enfance, originaire de Torri, vagabond en diable, y séjourne depuis longtemps. Longue recherche. Il le localise à Neuilly-sur-Seine, au service privé – oh surprise ! – de Marcel Dassault. N’entre pas chez l’avionneur qui veut. Mais apprenant que son cuisinier merveilleux souhaitait accueillir son ‘‘frère du Bénin’’, il fait plus qu’autoriser la visite, il retient le frère à déjeuner avec lui en tête-à-tête.
‘‘Vous venez du pays du Vaudou ! Votre frère m’étonne. Il a juré qu’il n’y retournerait jamais. Quel mal lui a fait le Vaudou ?… Vous avez aimé ce hors-d’œuvre ?… Vous mangez un peu de tout ! Je vous le déconseille. Savez-vous ce qu’il y a dans tout ? Il y a tout dans tout, il y a tout ce qui peut nuire à votre santé. Si vous m’en croyez, choisissez toujours ce que vous mangez.’’ Après le dessert, il convie l’hôte à découvrir son sanctuaire, où il œuvre à inventer l’avenir. Devant l’immense esquisse du Rafale, il confie, méditatif : ‘‘Vous savez, quand ils sont venus me parler du Concorde, je leur ai dit que l’avion qui vole longtemps, c’est celui qui a été dessiné et créé par un homme seul, en dialogue intérieur avec son génie…’’
Après le déjeuner, voici le frère exilé en tête-à-tête avec le frère cuisinier. ‘‘Toi, ici ?’’- ‘‘Ben oui, miracle du désespoir ! A Torri, je jouais les fous. En vérité, je pleurais tout seul tous les soirs à l’idée de la vie devant moi. L’école bâclée, la tradition m’avait destiné à être l’étalon de fécondation pour les trois veuves encore actives de mon frère emporté par l’alcool. Je devais tirer de leur maigreur ce qu’il leur restait de gosses et qu’on n’avait pas le droit de laisser s’éparpiller. La marmaille. Et moi en train de courir tous les jours après le manioc et les rats palmistes pour que cette foule ne crève pas de faim. Effrayé, j‘ai fugué colossal, après avoir volé une carte d’identité. A l’époque, c’était suffisant pour pointer ici trois mois sans inquiétude. Direction le wharf à Cotonou. Des marins me recrutent pour mille petits trucs à bord. Le plus gentil se scotchait à moi. Il me disait que c’était ça, ‘‘ou je te balance’’. Je me soumettais donc à ses bizarres désirs pour ne pas échouer dans les mâchoires d’un gros poisson carnivore. Car tu peux être dévoré au fond des mers quand tu t’appelles Gbèjígblé [l’aventure a tourné au cauchemar]. J’ai débarqué à Marseille. J’ai galéré des mois sur la Canebière avant que le bon Dieu ne me vienne en aide. Il m’a arrangé une formation de cuisinier, m’a fait réussir à un test pas facile et m’a déposé ici comme cuisinier personnel de Mon Grand. Le majordome lui apporte les plats que je prépare. Un autre fait les courses. Le comptable me paye. Je vois Mon Grand une fois l’an, à noël, avec des cadeaux costauds. Il m’a offert chez lui ce bel appartement où je vis heureux. Ma femme vient de Mozambique. Sur son conseil, nous avons acheté une maison en Charente-Maritime. Elle s’y rend souvent avec nos trois enfants. Moi, très rarement. A Torri, comme à Toffo chez toi, tous rêvent de Paris. J’y suis. Je ne me balade plus. Je ne m’éloigne pas de Mon Grand. Mais l’idée de ma femme me convient : à ma mort, on m’enterrera dans le cimetière du petit village pour mon bonheur définitif. Elle et les enfants hériteront de la maison….’’
La nuit tombait. L’heure du dîner pour Mon Grand approchait. Mais l’exilé et le cuisinier poursuivaient. Galère au pays. Marxisme-léninisme enragé qui vous pousse à l’exil. Funérailles ruineuses. Lévirat. Us et coutumes débiles, qui vous clouent au sol. C’était en 1983. Et ils disaient ne pas savoir quoi faire pour que le pays décolle. Et ils savaient que, pour un Pascal qui s’en sort, terré chez Marcel Dassault, la multitude subit sur place l’implacable sort. Comment changer la vie ? Ô Dieu très bon, si tu les as entendus et si tu le peux, envoie là-bas un Thomas Sankara pour les mettre à l’œuvre difficile d’ ‘‘oser inventer l’avenir’’.

Roger GBEGNONVI

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