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Chronique: Brève histoire de l’autodestruction du Bénin

Il s’agit, en fait, du Dahomey-Bénin, dont le processus de destruction par ses propres enfants ne date pas d’aujourd’hui. Devant le marché Zobê à Ouidah, trône le vodun Aïzan. Un panneau explique qu’il ‘‘protège contre l’invasion des mauvais esprits et l’éclatement des événements malheureux sur les places publiques’’. Suivent d’autres indications, et vient la conclusion : ‘‘Pendant la période de la traite négrière, les convois d’esclaves marquaient ici un arrêt au cours duquel des offrandes étaient données à cet Aïzan pour le supplier à faire de la vente un succès.’’ La vente des nôtres par nous-mêmes relevait donc d’un esprit bon, événement heureux, dont la poursuite était souhaitable et souhaitée. Aujourd’hui, sous des dehors modernisés, civilisés, voire constitutionnels, nous poursuivons cette traite négrière. 

A preuve, enjambons les siècles, lisons le Béninois lettré qui a écrit le 22 janvier 2018 : ‘‘Que gagne un ministre sous la Rupture ? Au nom de la solidarité nationale, je dénonce.’’ Sur 11 pages, inconsciemment, il a ravivé la jalousie qui, dans l’inconscient collectif, alimente constamment la traite. Le dénonciateur n’avait que 3 ou 4 ans en 1960. Il n’a donc pas lu Frère Melchior, qui avait fait comme lui le 17 janvier 1960, sur 14 pages hurlantes : ‘‘Le grand secret mis à nu. Toute la vérité sur les indemnités ministérielles au Dahomey.’’ Après quoi il devint ministre au Dahomey indépendant, vira vers une carrière internationale, revint comme député et ministre au Bénin. On imagine que, à chaque fois, il se contenta d’indemnités de misère. Le lettré de 63-64 ans qui lui a succédé 58 ans plus tard, est, entre autres, consultant international, fonction dans laquelle ses camarades et lui n’ont évidemment pas besoin de faire vœu de pauvreté, car ils se contentent d’honoraires de misère. Mais comme son savant appel à la solidarité nationale a fait sur les fonctionnaires béninois forte impression, ils aspirent désormais à une demi-trentaine de millions par mois, au minimum. Oui, tous crottés dans la misère ou tous accrochés à l’Himalaya des salaires. Et pour le faire savoir, ils laissent le Bénin en friche, car il ne sert plus à rien de travailler. Que les justiciables en prison prennent du bon temps en prison. Les écoliers, les élèves et les étudiants, qu’ils errent et se morfondent à la maison. Malades, qu’ils évitent les hôpitaux, car ils trouveront porte close. D’ailleurs, que dépérissent et périssent les malades car, ‘‘quand il y aura des dizaines de morts, le gouvernement cèdera’’. En attendant, qu’il nous paye la totalité des jours non ouvrés. Sinon… Et personne ne voit que les gros poissons sont à nouveau en train de bouffer les petits, comme au temps de la traite négrière. Quant au paillassonnage de nos enfants, il est béni par nos coutumes. A preuve, lorsque leurs mamans voient les lettrés de l’acabit de nos ci-dessus dénonciateurs s’arrêter à deux ou trois enfants, elles exigent, véhémentement, qu’on leur fasse des petits-enfants à la queue leu-leu. Et s’ils leur expliquent qu’il faut de quoi les élever, ils sont renvoyés à l’adage : ‘‘Pitance de ver à soie à la feuille des arbres collée.’’ Des vers, nos enfants ! Et comme l’adage associe enfant et bénéfice, et que le budget des ménages ‘‘mange’’ tout bénéfice, nous profitons de nos garçons épanouis dans l’arnaque, et de nos filles fleuries sur le trottoir. Ils et elles que nous baptisons pompeusement ‘‘avenir de la nation’’. Ô Seigneur, quelle est cette nation à venir ?
‘‘Dieu, considérez que nous ne nous entendons pas nous-mêmes et que nous ne savons pas ce que nous voulons et que nous nous éloignons infiniment de ce que nous désirons.’’ Ainsi s’adressait à Dieu sainte Thérèse d’Avila. La destruction du Bénin est-elle ce que nous désirons ? Quand nous l’aurons détruit, où irons-nous, baluchons sur la tête, bébés dans le dos, enfants traînés à bout de bras ? Au Togo tyrannisé, au Nigeria bokoharamisé, au Burkina-Faso ou au Niger djihadisés ? Puissions-nous y réfléchir. Vraiment y réfléchir.

Roger Gbégnonvi

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