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Chronique

Bénin-tofá: Nos croyances et leur inconstance ou la folie des ‘‘fous de Dieu’’

‘‘On consulte le Fá pour connaître l’avenir ; c’est en somme le porte-parole des dieux. On consulte le Fá en cas de doute avant toute décision importante.’’ Cette définition du dictionnaire de B. Segurola – J. Rassinoux dit l’essentiel du projet millénaire du Fá (Ifá chez les Yorubas), projet de présentification de l’avenir, art (divin) de savoir dès aujourd’hui de quoi demain sera fait. Or, il y a une semaine, l’on a appris de la bouche d’un grand prêtre du Fá, professeur en titre, que le Fá était capable de retrouver l’auteur du brouillage des émissions d’une radio donnée, celle précisément sur laquelle il s’exprimait, et que l’auteur retrouvé par le Fá aurait à ‘‘sentir’’ (sic) le choc en retour de sa malveillance. Rien de grave, que du bonheur, sauf que le Fá se retrouve tourné vers le passé pour dire l’évidence. Car l’auteur du brouillage n’appartient pas à l’avenir inconnu, mais au présent et, déjà, au passé. Une recherche approfondie de la police et de la gendarmerie, une recherche à l’aide d’appareils sophistiqués, suffit à le démasquer, sans qu’on n’ait besoin du porte-parole des dieux. Seule la connaissance de l’avenir relève de lui et non celle du présent ou du passé.

Cela dit, le tour de passe-passe du grand professeur de Fá est révélateur de l’évolution et de l’inconstance, voire la perte de substance, de nos croyances. Après tout, on peut bien concevoir que le Fá, révélateur de l’inconnu de l’avenir, puisse l’être aussi de l’inconnu que recèle l’évidence du présent ou du passé. Un léger déplacement du curseur y suffirait, puisque la connaissance de l’inconnu reste au cœur de son projet. Saint Antoine de Padoue, chez les catholiques, est le détecteur des voleurs et des objets volés. Un léger déplacement du curseur peut l’amener à être détecteur de ceux et celles par qui l’adultère arrive. Dans cet acte sans viol, il n’y a pas vol à proprement parler, puisqu’il y a consentement mutuel. Seule l’interprétation (malveillante) de l’homme cocu ou de la femme trompée peut conduire à envoyer Antoine en mission de recherche. Les catholiques rappelés à Dieu avant le saint Concile Vatican II doivent se retourner dans leur tombe en apprenant et en voyant que le prêtre célèbre désormais la sainte messe face au peuple et que Dieu agrée ce retournement. On consultait le Fá pour qu’il désigne le nouveau chef de collectivité, qui pouvait être n’importe qui, un pauvre paysan ou un apprenti-maçon. On continue de le consulter pour qu’il dise qui est le nouvel élu des dieux à la tête de la collectivité, mais on l’oriente désormais pour qu’il daigne jeter son dévolu sur un douanier ou un fonctionnaire international à la retraite, parce que tous les biens immobiliers de la collectivité ont été vendus et que l’élu des dieux devra mettre la main à la poche (la sienne) pour financer de très coûteuses cérémonies. Les morts continuent de revenir sous forme de bipèdes colorés dansants, mais l’effroi d’antan se transforme de plus en plus en quelque chose de souriant, un tout petit reflet du carnaval de Rio, comme si ‘‘bof, on sait ce qu’il y a en-dessous’’ !
C’est pourquoi ils sont fous, ceux qui tuent et se tuent pour des croyances religieuses qui fluctuent au gré du temps, des décideurs de ce que doit être l’ordre établi, au gré des conciles, de l’évolution des mœurs, de la science et de la conscience, car la ‘‘conscience raisonnée’’, à laquelle tout être humain doit prétendre, sait que Dieu, s’il existe comme être distinct des autres êtres, ne peut être reconnu qu’á petits pas d’humilité et d’honnêteté. Il est donc fou de se proclamer ‘‘fou de Dieu’’. Le grand professeur de Fá, qui parlait la semaine dernière, a fait, à son corps défendant et de façon subtile, un clin d’œil à Voltaire à qui l’on prête d’avoir dit que son valet avait besoin de Dieu pour ne pas le voler, mais que lui n’en avait pas besoin. Car la ‘‘conscience raisonnée’’ (c’est sa formule) peut avoir besoin de Dieu comme elle peut ne pas en avoir besoin. Aussi l’avenir est-il au syncrétisme religieux.

Roger Gbégnonvi

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