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Chronique

Barrage à l’argent sale au Bénin ?

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Comme un train qui passe sans souci des chiens qui aboient. Car la stratégie de la Rupture-Nouveau-Départ sur certains sujets semble, non peut-être pas le mutisme reproché au Chef de l’Etat, mais de laisser travailler, dans les règles de l’art, les magistrats chargés de dossiers délicats. Pour comprendre donc la lutte actuelle contre la corruption, lutte non déclarée, mais engagée et assumée, les Béninois, qui le peuvent, devraient relire une certaine fable en se disant que ‘‘Les animaux malades de la peste’’, ici et maintenant, ce sont des hommes d’affaires et des fonctionnaires, qui se reprochent, au fond d’eux-mêmes, des actes relevant des tribunaux. On les soupçonne d’ailleurs d’avoir contraint Soglo et Yayi d’oublier ‘‘ces détails’’, en contrepartie d’un mandat tranquille et cadeauté. Si un tel chantage a existé, il n’a pas dû impressionner Talon, que le défaut de tranquillité et de cadeaux ne gênerait pas. Au vu de certaines ‘‘audaces’’ des juges, il semble qu’il les laisse dire le droit. Si tel est le cas, qu’il sache que les ‘‘délinquants en col blanc’’ aux abois ont des amis et du punch et qu’ils résistent, comme le prouvent l’histoire récente d’un homme d’affaires et celle, en cours, d’un fonctionnaire des Finances doublé d’un vaillant syndicaliste.

L’homme d’affaires, grand bienfaiteur de l’humanité au Bénin, qui jette l’argent par rafales sur les gens ébahis devant sa fortune, s’est retrouvé, soudain, suspecté de quelque trafic illicite. Aussitôt, ses admirateurs et des gens au chômage ou accrochés à de petits boulots de survie, envahirent les rues de la capitale économique. Une semaine durant et très ‘‘spontanément’’, ils hurlèrent les vertus de leur héros et insultèrent à satiété ceux qui osaient discréditer son abondant magot. Disputant la canicule au soleil, ils enflammèrent des pneus pour mieux soutenir et honorer leur héros, grand bienfaiteur. Rien de grave. D’autant que l’affaire, très embarrassante, s’est soldée par un non-lieu, que ledit héros célébra, illico et avec pompe, devant l’autel de la plus grande église catholique de la ville après 23 h 30, car, à toute heure du jour et de la nuit, l’homme de Dieu baise la main à l’homme d’argent. Celui en présence court toujours, comme s’il se sentait en sursis, malgré son sacré non-lieu.
Le vaillant syndicaliste, grand pourfendeur des pilleurs du pays, est soupçonné, quant à lui, de quelque malversation financière. Chose très embarrassante, d’autant que le procureur a décidé de le garder à portée de main en attendant de l’offrir à un tribunal. Du coup, le parti politique de la Révolution, qui compterait le suspect parmi ses paroissiens, a rédigé une forte motion de soutien dénonçant le ‘‘complot’’ ourdi contre un homme haï et craint par le pouvoir. Ses camarades du parti et du syndicat apprécieraient un bon arrêt de travail pour plus de temps consacré à démontrer l’innocence du suspect. Chantant en chœur avec ce beau monde, le chef d’une association ‘‘pour changer le monde’’ (sic) a sorti une véhémente motion contre ‘‘une détention arbitraire…qui rappelle cruellement la passion de notre Seigneur et Maître Jésus’’ (sic). Rien que ça ! Extase déchaînée ou transe maîtrisée ?
Le Dieu de notre Seigneur et Maître Jésus ‘‘ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive’’. On souhaite donc que tout suspect bénéficie d’un non-lieu car, si Dieu aime le pécheur, il a une prédilection pour l’innocent, et il est bon que le Bénin rayonne d’innocence humaine et de prédilection divine. Et c’est pourquoi l’Etat, garant de nos libertés et de notre sécurité, doit inquiéter les suspects de corruption active ou passive, jusqu’au prononcé possible d’un sacré non-lieu. La peur sert de béquille à la vertu. En agitant la peur du gendarme et du juge, l’Etat fera barrage à l’argent sale, diminuera de quelques centilitres au moins le trop-plein d’argent volé et entassé, dont la mal-dépense appauvrit sans cesse le Bénin. Que fasse donc l’Etat tout son devoir pour un maximum de justice !

Roger Gbégnonvi


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