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Chronique

Remaniement ministériel: Appel au Parti Communiste du Bénin

L’on sait quelle contribution décisive, payée en incarcérations et tortures, le Parti Communiste du Dahomey (PCD) apporta à la reconquête de nos libertés. Mais malgré le calvaire qu’il a souffert pour la victoire, fidèle à sa lecture du marxisme, le désormais Parti Communiste du Bénin (PCB) se tient à l’écart, au motif, sans doute, que ‘‘ce n’est pas encore ça’’. Mais les libertés ne peuvent être acquises une fois pour toutes, elles sont toujours à conquérir et à reconquérir. La démocratie béninoise est donc encore et toujours à parfaire. Et ce n’est pas en la boudant que nous arriverons à l’améliorer, voire à la parfaire.

D’où la double question. Le PCB a-t-il eu raison de boycotter la Conférence des Forces vives de la Nation en 1990 et, sur les brisées de ce boycott, a-t-il eu raison de rejeter l’offre à lui faite par le Président Soglo de participer au gouvernement en prenant en charge le ministère de la Justice ? A chaque fois, et d’un point de vue patriotique, le PCB a eu tort. Car le temps est révolu des révolutions à la Robespierre ou à la Lénine. Le pouvoir despotique, détenu par le monarque, n’est plus à ramasser dans la rue à cause de sa pourriture absolue. Le pouvoir politique est désormais á conquérir dans les urnes, quels que soient les défauts de ce système. Ceux qui refusent les urnes entrent en révolte contre l’Etat. Mais Boko Haram au Nigeria, le Sentier Lumineux au Pérou, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, etc., répandent crimes, massacres et deuils, pour rien, avant de revenir de l’illusion du pouvoir politique confié aux plus démunis de la société. Du romantisme délirant et sanglant !
En toute sagesse donc, la Conférence des Forces vives a débouché sur ce que le PCB méprise et appelle démocratie bourgeoise ou petite-bourgeoise qui, au Parlement et au Gouvernement, ne fait même pas une part symbolique à notre vaste paysannat ni à notre petit mais remuant prolétariat citadin. A supposer d’ailleurs que ces deux catégories de la société puissent s’entendre pour gouverner, où les a-t-on jamais vues longtemps au pouvoir, ensemble ou séparément ? L’ouvrier Lech Walesa au pouvoir à Varsovie fut comme une désagréable surprise vite effacée par le général putschiste Jaruzelski aux ordres du Kremlin marxiste. En dehors de tout romantisme, à l’heure où, partout dans le monde, le maître-mot de la gouvernance, ce sont les relations internationales, quel intérêt aurait le Bénin à confier sa jeune démocratie à ses paysans analphabètes et à ses ouvriers très mal alphabétisés ?
Bourgeoise ou petite-bourgeoise, identité honteuse selon le catéchisme marxiste, la démocratie béninoise est, en sus, gangrenée par l’argent. A tous les niveaux, l’achat des consciences est la règle. Démocratie toujours ? Répondons sans romantisme : l’argent est le maître-mot de l’organisation de nos sociétés humaines depuis qu’il a été inventé pour servir à toutes sortes d’échange. Ce n’est pas sans raison que l’œuvre majeure de Karl Marx s’appelle Le Capital. Ce n’est pas sans raison que Daniel Ortega, leader de la révolution des pauvres au Nicaragua, est devenu un chantre fervent de l’économie de marché. L’argent est partout. Mais l’homme et la société doivent, dans leur intérêt, apprendre son difficile usage. Devant nous comme guide, il détruit. Derrière nous comme serviteur, il construit, avec les risques de dérapage inhérents à sa force d’attraction. L’argent, voilà notre unique Tentateur.
Ces considérations autorisent à faire appel au Pati Communiste du Bénin pour qu’il coopère. Un parti politique, non élitiste, ne doit pas s’user en textes pour un peuple à qui nul n’a appris à lire et à écrire aucune des langues du monde. Le marxisme fut un moment de l’histoire, et l’on ne saurait s’y arrêter comme moment définitif, comme ‘‘la fin de l’histoire’’. Oh que non ! Quant au socialisme, il reste un idéal toujours à atteindre. En marchant. Il sied donc au Parti Communiste du Bénin de marcher avec le Bénin et sa démocratie en marche.

Roger Gbégnonvi

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