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Bénin_décentralisation:Par-delà destitution, suspension et révocation

L’information nous a pris de court à la fin du mois de juillet 2017 : juste après avoir été auditionné par le préfet, le maire de Cotonou a été suspendu par le Ministre de la Décentralisation ‘‘pour fautes lourdes’’ (sic). Suspension dont nous discutions encore lorsqu’un long Conseil des Ministres la transforma en révocation le 2 août. Mais, par souci de clarté, restons-en à suspension. Fidèles à notre scepticisme au sujet de certaines décisions de tout gouvernement, nous avons imaginé les ‘‘vraies raisons’’ de cette mesure rare.

L’énoncé 4 de l’arrêté de suspension aurait dû pourtant refroidir notre propension au doute, retenir et interroger notre attention. Il y est reproché au suspendu d’avoir, en 2017, fait grimper ses primes de deux millions à vingt millions, ‘‘sans délibération spécifique du Conseil Municipal’’. L’arrêté, sur ce point précis, n’en veut donc pas à la soudaine montée en flèche des primes du maire, mais au secret dont il a entouré cette augmentation qui n’est pas anodine. Pourquoi n’a-t-il pas joué cartes sur table, comme il aurait dû ? Craignait-il le désaveu des conseillers ou qu’ils réclament, à leur tour, la révision à la hausse de leurs jetons ? Toujours est-il que d’avoir agi à la hâte et en cachette prouve que, quelque part, le maire suspendu avait mauvaise conscience, qu’il se sentait en faute vis-à-vis des hommes et des femmes de Cotonou, dont il a la charge, et dont il sait qu’ils sont très nombreux à tirer le diable par la queue plus souvent qu’à leur tour. En s’octroyant sur leur dos et en toute clandestinité des primes aussi élevées, il ne les a pas seulement desservis, il les a insultés.
A cette insulte première aux hommes et aux femmes de Cotonou est venue s’ajouter une seconde, totalement inattendue, et qui a trait aux politiques accourus pour consoler le maire suspendu. Il sera toujours juste et bon de porter assistance morale à toute personne dans l’épreuve. Mais vous devez vous abstenir si votre présence physique à ses côtés prête à malentendu au point de s’apparenter à une faute morale. Ainsi l’ancien maire de Ouidah, qui venait d’être destitué après 9 années de pillage de sa commune, n’avait-il rien à faire aux côtés du maire de Cotonou suspendu. En cette circonstance de gravité, le maire déjà rejeté a desservi le maire bientôt révoqué. En se montrant là, devant les caméras, pour la première fois depuis son renvoi par les siens, le destitué a insulté les populations de Ouidah et de Cotonou. Le tout-blanc porté pour singer l’innocence et la pureté en a rajouté à l’indécence.
A force de subir pillage, insulte et indécence larvées ou assumées, de la part de ceux qui les représentent et qui sont censés les servir, à force de subir les rutilants édifices appartenant au personnel politique et qui restent vides pendant qu’ils sont très nombreux à vivre sans eau ni électricité dans leurs masures, les Béninois finiront par perdre tout espoir en la plus petite possibilité de vertu dans leur pays. Or la vertu est béninoise. Qu’on se souvienne de l’attitude du haut fonctionnaire de l’Etat qui, durant tout son mandat, renonça à ses primes : elles avaient beau être légales, il les trouvait, en son âme et conscience, abusives et injustifiées eu égard à son salaire qu’il jugeait suffisamment élevé. Qu’on se souvienne de la réponse de ce Directeur accusé par la rue de manque d’amour paternel pour avoir laissé son enfant échouer à un examen d’Etat qu’il a organisé et conduit de bout en bout : ‘‘Les gens disent n’importe quoi. Ma fille est moyenne. Et quand c’est le cas, on réussit ou on échoue. Je n’ai même pas cherché à voir ses notes.’’ Candeur ou héroïsme ?
Sans doute un peu des deux, pour atteindre à la simple vertu de l’honnêteté envers soi et envers les autres. Par-delà destitution, suspension et révocation, que ceux qui sont en charge de la cité veuillent s’élever à hauteur d’homme, pour ne pas finir de désespérer le peuple béninois, aujourd’hui déboussolé, et qui cherche un horizon, une lumière, une étoile.

Roger Gbégnonvi

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