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Chronique

Africains et Macron main dans la main

Il aura donc suffi que le Président français mette en parallèle le sous-développement de l’Afrique et sa civilisation, ajoute au parallélisme deux ou trois joyeusetés, pour que le monde nous voie nous activer à éteindre l’incendie à grand renfort de cruches d’eau apportées par femmes et hommes blessés, épouvantés. C’est l’habitude. Mais cette fois-ci, nous ne devrions pas nous effaroucher outre mesure, car Macron apprendra et comprendra.

Mgr Barthélemy Adoukonou révèle, au sujet du R.P. Aupiais, grand missionnaire au Dahomey/Bénin, qu’ ‘‘Il a écrit et proclamé qu’il n’a jamais cessé d’être ‘missionnaire et colonial’ […] et la France ne s’est pas trompée non plus quand elle le décorait de la Légion d’Honneur et disait de lui qu’il a su toujours bien allier la double mission civilisatrice et chrétienne.’’ Quand Macron aura lu le prélat béninois, il comprendra que c’est à un lavage de cerveau, à la manière de la Chine communiste, que les Japonais ont échappé en chassant de leur sol les Jésuites venus les christianiser. Les Béninois, en l’absence de la magie de l’écriture, n’avaient pu, hélas, bâtir un art de vivre qui les mît à l’abri de la dépossession d’eux-mêmes ourdie par la France des Lumières sous couvert de Jésus de Nazareth. Jacques Foccart révèle la fabrication à Paris de l’alternance au pouvoir à Libreville : ‘‘Nous avions préparé le brouillon du discours, et Mba l’avait corrigé. Il l’avait enregistré à l’hôpital avec le concours discret que j’avais obtenu de deux techniciens de la Radiodiffusion française, et l’enregistrement avait été envoyé à Libreville.’’ En prenant connaissance de ce ‘‘tic’’ bien français, humiliant et infantilisant à souhait, Macron comprendra la prière de Léopold Sedar Senghor : ‘‘Ah Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France / Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine – mais je peux bien haïr le Mal.’’ Senghor, se voulant bon Nègre, distingue une France bonne et une France mauvaise. Mais, au futur membre de l’Académie française, le général Paul Aussaresses oppose, avec énergie, la France une et tranchante : ‘‘Nous avons fait une centaine de prisonniers qui ont été abattus sur-le-champ.’’ C’était en Algérie. Les gestapistes, hérauts de la ‘‘solution finale’’, tranchaient aussi dans le vif. Ces immondes manières, les pensées et les propos qui les génèrent, ont pu corrompre, en profondeur, l’idéologie française, et autoriser Valéry Giscard d’Estaing à proclamer, tranquillement, le 27 janvier 1981 : ‘‘Je m’occupe de politique africaine, c’est-à-dire des intérêts de la France en Afrique.’’ Et autoriser François Mitterrand à plaisanter, paisiblement, en 1994 au sujet du Rwanda : ‘‘Un génocide dans ces pays-là, c’est pas trop important !’’ De Giscard à Mitterrand, l’étau s’est resserré, la nuit s’est épaissie, le bout du tunnel s’est fait absent, et l’on s’effraie, en Afrique, de la visite d’Emmanuel Macron aux troupes françaises stationnées au Mali, et l’on devine que l’Afrique, en marche pénible, encore aujourd’hui, émerge à peine d’un cauchemar dont sa civilisation n’est peut-être pas l’unique responsable.
Personne jamais ne lira tout ce qui s’écrit ni ne prendra note de tout ce qui se dit. Mais quelques fiches intelligentes et honnêtes à l’attention de Macron sur les raisons probables de l’état du monde non occidental lui permettront de mieux appréhender ce que recouvre, par exemple, la formule gargantuesque selon laquelle le soleil ne se couchait jamais sur l’empire de la reine Victoria d’Angleterre. Cette meilleure approche de la réalité historique des rapports entre les peuples du Nord et ceux du Sud sera pour le bénéfice de tous. Bénéfice dont nous profiterons, il faut l’espérer, pour ne plus désenchanter, encore et toujours, notre vivre-ensemble sur la terre. Il faut l’enchanter. Nous serons, nous sommes solidaires. Africains et Macron travailleront main dans la main pour le progrès de l’homme.

Roger Gbégnonvi

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