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Chronique Roger Gbégnonvi | Deux histoires d’argent au Bénin

Selon l’évangéliste Matthieu, Jésus de Nazareth attira un jour l’attention de son auditoire sur l’impossibilité d’un certain polythéisme : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (6/24). Et il est vrai que ces deux-là ne regardent pas dans la même direction. Dieu préside au Beau et au Bien, notions platoniques, parfois si floues que l’on s’y perd. Tandis que l’Argent préside au tout-possible ; du solide ; efficacité garantie, immédiate et palpable. Jeté par la fenêtre ou entassé dans des coffres à ne servir à rien, l’argent c’est toujours bon. Les deux histoires béninoises qui suivent corroborent à souhait cette vérité en béton armé.
Histoire 1.- Nous ne sommes pas très loin de la fin du deuxième millénaire de notre ère. Les services de renseignements informent la Marina que plusieurs hauts fonctionnaires des finances, dont c’est l’habitude, viennent de se partager un magot puissant destiné au trésor public. Ordre est donné cette nuit-là-même à la police d’encercler discrètement leurs domiciles, d’y perquisitionner de façon à reprendre le bien de l’Etat et de transférer les indélicats à la Brigade Economique et Financière. Au sein de celle-ci, Peterson avait un ange-gardien. Il le prévint de se mettre à l’abri avec son butin. « Nous sommes à vos trousses. Vos maisons sont encerclées. » Peterson réfléchit et vit la trahison, le spectre de la prison et de la honte. Il entra dans la cuisine de la maison cossue et vaste qu’il habitait seul, alluma le feu et incendia avec soin quarante millions f. CFA. Viennent les enquêteurs. Trois heures de fouille professionnelle. La perquisition fait fiasco. La vague odeur de brûlé ne leur a rien dit qui vaille. Ils ne recherchaient pas un ragout resté trop longtemps sur le feu et n’étaient pas assez pervers ou pervertis pour imaginer l’audace qui avait noyé d’avance leur mission. Peterson exigea et reçut des excuses. Mais l’acte l’avait quelque peu déboussolé. Pour retrouver le nord, il s’offrit un séjour de trois mois à Montréal dans un centre psychiatrique.
Histoire 2.- Commerçante douée de charme et d’intelligence, Silla est l’une des maîtresses de Kofson. Chargé du matériel au Ministère…, il mène grand train de vie. Il a cinq immeubles en location á Cotonou. Très vite, il eut envie aussi de Sika, 18 ans, fille de Silla. A force de cadeaux de luxe, il éleva Sika au rang de Silla. Silla valida en expliquant que, quand un homme a tout l’argent du monde et que rien ne lui manque, il a le droit de se payer la mère et l’enfant afin de ressentir, allant de l’une à l’autre, l’introuvable serti à l’intersection des deux et qui peut le soulever au-delà du possible, du dicible, du disponible. « L’argent permet ça », conclut-elle. Des mois passèrent. Elle demanda à Kofson de lui prêter « un petit cinq cents millions » f. CFA pour enlever six containers au port. Une bonne affaire. Il suffira d’une semaine pour revendre la marchandise le triple de son prix et rembourser le prêt. Kofson déboursa. Mais il n’y eut ni container ni, surtout, remboursement. Kofson entra en colère. Il ne déplumait pas l’Etat pour se faire déplumer par Silla. Il lui envoya son féticheur pour l’impressionner. Silla répondit que Kofson avait amassé de quoi se payer la lune. « Ma fille, jolie entre toutes, surpasse les bibelots ordinaires par lesquels il l’appâte et se l’offre en plus de moi-même. Je lui ai fait un prix d’ami. J’ai encaissé la dot de Sika. Dites-le-lui, et s’il ose, on m’entendra sur des choses. » On ne l’entendit sur aucune chose. Il n’osa donc pas.
Un nonagénaire, fringant pour son âge, écouta les deux histoires. Il se fit préciser des points. Alors il dit : « Moi, je ne me suis jamais laissé aller. J’ai toujours gagné ce qu’il fallait pour le mil et le fonio de mes enfants et de mes épouses. J’en remercie le Ciel. » En refusant l’argent de la fraude et de la cupidité, l’homme de Parakou et celui de Nazareth refusent de réduire en choses et marchandises eux-mêmes et leur entourage. Ils vivent à l’intersection du Beau et du Bien. Puissions-nous les y rejoindre pour le progrès de l’homme.  

Roger GBÉGNONVI

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