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Chronique

[Roger Gbégnonvi] Afrique et désarroi à l‘horizon 2120 ?

En mai 2020, un bloggeur béninois, pédagogue, a remis au goût du jour un vieux morceau lingala, NAKOMITUNAKA. La traduction française en sous-titre vous donne accès à une jérémiade ponctuée de : « Mon Dieu, je me demande… ». La jeune dame se lamente que l’Afrique soit démunie d’Africains modèles et qu’on ne lui propose que des modèles blancs. Sa plainte vous fait réfléchir : « Et si en mai 2120… ? » Car la vie des peuples est façonnée par la politique au sens de gestion de la cité, et demain se profile dans aujourd’hui.
Or que dévoile aujourd’hui le survol rapide du paysage des dirigeants africains depuis 1960 ? Ils sont, en majorité, ceux dont parle Aimé Césaire, « ces nègres qui croient que la Révolution ça consiste à prendre la place des Blancs et continuer, en lieu et place, je veux dire sur le dos des nègres, à faire le Blanc ». Ils n’ont pas d’imagination. Face à cette majorité de perroquets timorés et malfaisants par imitation, se dresse une très forte minorité de dirigeants africains sans peur et sans reproche : ils dézinguent les caisses de l’Etat, saccagent les constitutions, envoient finir en prison les opposants politiques qu’ils n’ont pas pu faire disparaître corps et âme ; plus fier qu’Artaban, l’un d’eux s’est promu Napoléon Bonaparte en pleins brousse et marigot ; presque tous meurent dans le fauteuil républicain après l’avoir rendu héréditaire et s’être repus de biens mal acquis (BMA). Ils débordent d’imagination.
Bordée d’un côté par ses dirigeants sans imagination et, de l’autre, par ceux qui débordent d’imagination, l’Afrique gît entre la nuit de l’esclavage et les ténèbres de la colonisation. En effet les deux ou trois dirigeants africains porteurs de lumière ont fait chacun dans le ciel africain la carrière d’étoile filante dont la vie brève s’achève au fond des océans. A l’allure donc où vont les choses, allure dont on ne prévoit pas l’amélioration, l’Afrique, aujourd’hui gisante, génèrera l’Afrique de demain. Cela signifie que, si à l’horizon 2120, il est une jeune dame de Kinshasa pour mettre à nouveau en musique le sort de l’Afrique, elle devra choisir des harmoniques plus geignardes que celles de NAKOMITUNAKA.
Il semble d’ailleurs que soit une constante l’absence de dirigeants africains porteurs de lumière. Ainsi, les Africains aujourd’hui quasi octogénaires (c’est d’eux que parle plus haut Aimé Césaire) et qui vivent encore, confessent volontiers, mais en secret, qu’ils n’ont jamais été amoureux des anciens monarques africains. Presque tous ont été vendeurs d’esclaves. Vaincus ensuite par l’acheteur, ils ont été déportés par lui pour mourir parfois en exil. On ne confie pas son sort à des gens défaits et affligeants. C’est pourquoi, étudiants, les Africains, aujourd’hui quasi octogénaires, avaient accroché dans leur chambre des posters de Che Guevara et de Mao Tse Toung. Pour l’Afrique à venir, ils rêvaient d’idéal et de victoire sur le sort. Mais devenus fonctionnaires de l’Etat, ils se sont efforcés d’avoir de l’argent, toujours un peu plus d’argent, en collaborant avec les ci-devant dirigeants ou en prenant carrément leur place. Ils ont trahi leur rêve. Quant à leurs enfants et petits-enfants, ils sont amoureux de l’argent des footballeurs africains de génie qui font merveille en Europe. Ils ne trahiront donc aucun rêve, ils n’en ont aucun ; leur seule envie, c’est la gloire du mercenaire.
Car en Afrique, on n’a plus de rêve, on n’a que des envies. Ce ne sera donc pas la joie mais le désarroi à l’horizon 2120. Suite logique de notre histoire et non chimère ou montage cyniques. Mais pourquoi le dire aujourd’hui ? « Pour nous désespérer » ? Désespérante est déjà la foule d’enfants par nous livrés à la rue et à la faim, au béribéri et au kwashiorkor. Le dire en mai-juin 2020 pour qu’on sache qu’ainsi va l’Afrique et où elle va et que, le sachant, on ose, chacun, en finir avec tous les NAKOMITUNAKA, on ose, chacun pour l’Afrique, s’élever vers l’espoir solaire et solitaire d’Aimé Césaire : « Moi le roi, je veillerai seul. »

Roger GBÉGNONVI

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