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[Chronique Roger Gbégnonvi] Suis-je le Noir pour accuser le Blanc ?

Trois moments ont précédé et préparé le moment du complotisme à l’échelle africaine. Moment 1.- Vague soupçon devenu rumeur : et si c’était par un fait exprès que les combats n’en finissent pas au Sahel ? Et si la force étrangère censée aider à la victoire était en complicité avec les terroristes pour l’échec du Noir dans le but de pérenniser sur nos terres la domination du Blanc ? Rampante recolonisation ? La rumeur en passe de devenir clameur. Alors on fit débarquer á Pau les cinq Chefs d’Etat les plus concernés. On leur fit réitérer leur volonté de voir l’armée étrangère épauler leurs armées nationales. Des Noirs chagrins apparentèrent le protocole de Pau à une manière d’humiliation. Moment 2.- Les Noirs chagrins maugréaient encore quand le covid-19 fonça sur le monde et qu’Antonio Guterres, Melinda Gates et Herman Cohen virent l’Afrique sans défense en proie au virus ravageur et des Cadavres d’Africains par millions. Tout à fait possible. Trêve donc de susceptibilité et sauve-qui-peut. Les Africains se mirent à l’heure du monde. Confinement. Télétravail. Gestes barrières. Moment 3.- Les Africains en étaient à se protéger lorsqu’un commentateur gaulois, très inspiré, y alla d’une étrange idée sur une chaîne de télévision hexagonale : si l’on trouve un vaccin contre le covid-19, il faudra l’essayer d’abord sur les Africains comme on le fit sur les prostituées au temps du vaccin contre le sida. Tollé. Africains vent debout. Enflammés. Grosse colère confinée. Afrique injuriée. Afrique mouroir. Afrique lupanar. Y en a marre ! Et voici l’Afrique basculée dans un complotisme halluciné. On vous l’avait dit : les Blancs veulent nous inoculer la mort par tous les moyens, nous ‘‘exterminer’’ (sic) afin d’accaparer nos terres et nos richesses. Africains, résistez ! Résistez !
Et il est vrai que la vie est chapelet de résistances, aussi farouches que longues souvent, pour une moisson de succès jugés maigres à l’aune de la peine qu’on s’est donnée. « Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson / Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson » (L. Aragon). Mais en la circonstance, face à ce que nous percevons comme un vaste complot ourdi contre nous par l’Occident, nous, les Noirs, avons trois raisons de savoir raison garder. Raison 1.- Il paraît impossible pour un peuple, si puissant soit-il, d’en exterminer un autre, si faible soit-il, sinon, les médecins qualifiés commis à la besogne par Adolf Hitler et Peter W. Botha en auraient fini avec les Juifs et avec les Noirs d’Afrique du Sud. Cela dit, il faut quand même être vigilant, il faut résister. Raison 2.- Nous accusons l’Occident de vouloir nous ‘‘réduire’’ quand il nous reproche de nous reproduire sans contrôle et sans retenue. Nous devons toutefois admettre que les six enfants d’une mère célibataire et sans revenu, enfants mal nourris, mal ou pas scolarisés, ne constituent pas une richesse pour l’Afrique, mais Boko Haram en perspective, et migrants illégaux affamés, traversant la Méditerranée pour aller chercher dans les camps kafkaïens de Calais ou dans les champs de tomates italiens, les biens que l’Europe est censée avoir arrachés naguère à l’Afrique. Mais non, nos richesses sont en terre d’Afrique et demandent à être exploitées à bon escient par des Africains éduqués et formés, qui n’ont besoin que d’être compétents et honnêtes, pas d’être nombreux et ignorants. Raison 3.- Le planétaire virus nous conduit chez Frantz Fanon, maître d’humanisme et de raison : « Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc… Je n’ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc. Il y a ma vie prise au lasso de l’existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir… Il ne faut pas essayer de fixer l’homme, puisque son destin est d’être lâché. »
Alors, lâchons-nous et avançons, ensemble, Noirs et Blancs, guidés par Frantz Fanon. Je ne suis pas le Noir pour accuser le Blanc. Est vrai l’inverse. Oui, travaillons ensemble.

Roger GBÉGNONVI

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