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Bénin – Harcèlement sexuel : la tempête d’eau qui brisera (enfin) le verre?

Alors que la saga de la dénonciation du harcèlement sexuel au sein de la chaîne mère fait son petit bonhomme de chemin, on est en droit de s’interroger sur le phénomène, notamment dans la presse. Il est vrai que la victime focalise toutes les attentions, entendez soutiens et critiques. D’autres femmes de la presse ou non, jettent elles aussi leurs pavés dans la marre des mâles pervers. Le Bénin, en pleine campagne électorale médiatique comme par paradoxe, découvre un visage sombre de sa presse. Des femmes, mêmes mariées, terrorisées par certains mâles dominants de la plume et du micro subissent à longueur de journée voire d’années de carrière humiliations, viols, harcèlements de toute nature. Le linge sale de la presse est ainsi mis sur la place publique et l’éternelle donneuse de leçon reçoit à son tour sa dose de remontée de bretelles.

Qu’à cela ne tienne, il importe tout de même de se pencher sur le phénomène avec un regard moins complaisant et surtout moins passionné. Certes, Angela Kpeidja aura eu le mérite de mettre les pieds dans le plat. Puisqu’à sa suite, d’autres femmes ont choisi de sortir de leur mutisme. Et là, on s’aperçoit que la presse n’est pas le seul laboratoire d’expérimentation des obscénités sexuelles dans le monde professionnel. Quand on en vient à évoquer les exactions sexuelles infructueuses d’un ministre de la République sur une stagiaire, on comprend bien que la pratique n’est pas propre à la presse mais à la République entière. Qu’il nous souvienne que sous un régime politique récent, des histoires de collaborateurs du palais cocufiés ont défrayé la chronique. Pourtant, rien ne fut entrepris par les victimes pour se faire rendre justice. C’est dire si le phénomène a fini par s’enraciner au point où pour hommes et femmes des services publics et privés, le harcèlement sexuel était devenu une norme.

Norme, en ce sens qu’il est devenu un véritable moyen d’ascension sociale pour ces femmes qui, conscientes de leurs incapacités professionnelles, y ont vu un raccourci pour gravir les échelons de l’administration publique. Celle-là, dépourvues de la moindre morale, ne voyaient donc aucun inconvénient que le ou les patrons sans vergogne leur tapotent les fesses, leur sucent les gorges ou leur exigent de leur faire la pipe pour se faire une place au soleil du succès. Ainsi, émancipation oblige, on se laissait aller à toutes les humiliations et avanies au mépris parfois de son statut matrimonial.

Mieux, on éprouvait du plaisir à voir les hommes perdre leur emploi ou manquer de se faire recruter au profit de ses rondeurs. On en éprouvait grand plaisir au point de se rire du malheur de ces déshérités des rondeurs féminines. À l’endroit de ses collègues femmes, imbues de leur dignité féminine, on devenait la conseillère matrimoniale zélée. On les taxait de peu intelligente et pas au fait des règles de l’ascension sociale féminine. Quelques âmes sensibles suivaient ainsi la tendance et vous vous réjouissez d’avoir fait des disciples. À celles qui refusaient de vous suivre dans vos bassesses, vous adressiez des mots aussi durs que la malédiction de Cham. Comme si, pour vous, plus personne ne pouvait prétendre aux honneurs de la promotion sans descendre sa jupe ou sans donner à têter à un papi usé et fatigué qui décide de faire de vous sa toupie.

Au démeurant, le mal aura été dénoncé mais la plaie restera béante et incurable. Béante, parce qu’ayant pris des proportions sociales énormes. Incurable, parce que devenue une tradition à laquelle harceleurs et harcelées vouent un culte christique. Ainsi, la ferveur enflera au fil des jours puis retombera comme une fièvre covidienne et le mal continuera son petit bonhomme de chemin. Car hommes et femmes auront beau crier, personne ne le fait dans le sens de l’amélioration des choses mais dans le sensationnel au détriment du raisonnable. Alors, peut-être dans vingt ans encore, une autre Kpeidja sortira des bois pour enflammer la toile, susciter des émotions à gogo et tous, à la fin, ne s’en tiendront qu’à cela.

Raoul HOUNTONDJI

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