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Chronique

[Chronique Roger Gbégnonvi] Regarder en face le covid-19

Oui, dévisager le covid-19 bien qu’il n’ait pas de visage. Il n’est ni la ‘‘vapeur’’ ni la ‘‘goutte d’eau’’, dont Pascal dit que, malgré l’évanescence de leur présence, elles peuvent tuer l’homme, ne lui laissant que le loisir de se savoir « encore plus noble que ce qui le tue ». Mince consolation ? Non ! Ultime et sublime consolation. Or ni vapeur ni goutte, le covid-19 est absence présentifiée en psychose universelle, confinement mondial, cadavres étales. L’homme blessé, humilié. Mais mort ou vif, il opposera au covid-19 la plus grande noblesse.
Pas une noblesse de posture, mais une noblesse pour acter un monde nouveau, présentifié en vie et avenir mieux préservés, en joie mieux partagée, en bonheur mieux cultivé. Si le covid-19 avait une volonté, l’on voit bien qu’il la met à servir l’ignoble dessein de nuire et de détruire. L’homme a une volonté. Et par ces temps de terreur, de panique et de deuil, répandus par le covid-19, ce même covid-19 semble murmurer à l’homme : « Toi qui es conscient de toi-même, mets donc avec intelligence ta volonté au service de quelque noble idéal, au service du bien et du bâtir, au service de la tendresse. Ce sera, contre moi, ton geste-barrière le plus digne d’éloge. » L’homme relèvera l’ironique et cynique défi en rappelant à l’invisible ennemi que lui, homme, est, de toutes les créatures, le seul perfectible et qu’il l’abattra, lui, le sinistre adversaire, en cheminant vers la perfection, sa vocation spécifique, son but final. Car « Je suis maître de moi comme de l’univers :- / Je le suis, je veux l’être. » (Corneille). Et voici l’homme drapé d’une volonté lumineuse, résolument élévatrice.
Elévation sans que, pour autant, l’homme élève les mains vers le ciel. Car « Gémir, pleurer, prier, est également lâche. / Fais énergiquement ta longue et lourde tâche / Dans la voie où le sort a voulu t’appeler, / Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler » (de Vigny). Sans parler. Un silence, pas ancillaire et soumis, mais seigneurial et fier. Héroïque. Car « Muet, aveugle et sourd au cri des créatures, / Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté, / Le juste opposera le dédain à l’absence / Et ne répondra plus que par un froid silence / Au silence éternel de la Divinité » (Id). Un silence, pas ancillaire et soumis, mais seigneurial et fier. Héroïque. « Moi le roi, je veillerai seul » (Césaire). Et l’homme s’accomplit « juste » en s’en tenant aux « deux choses [qui] remplissent l’esprit d’admiration et de craintes incessantes : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi » (Kant).
Et « la loi morale en moi » fait devoir à l’homme de ne s’en prendre qu’à soi. En effet, et c’est un paradoxe, « Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique » (Camus dans ‘‘La peste’’) conduisent l’homme accompli « juste » à respecter Dieu en ne Le rendant pas comptable des joies et des misères humaines, en ne l’implorant pour aucune faveur. Car si l’homme demande à Dieu, par exemple, d’éloigner de lui le covid-19 et que, nonobstant sa supplique et ses mains tournées vers l’empyrée, le covid-19 continue à semer la désolation, Dieu sera tenu responsable d’avoir permis le covid-19, et coupable de le laisser poursuivre l’immonde besogne. Non ! L’homme ne doit ni responsabiliser Dieu ni Le culpabiliser. Mais l’homme peut aimer Dieu. Simplement. L’aimer en toute honnêteté et lucidité. L’aimer en tant qu’Il est Le Très-Haut et Le Tout-Puissant, mais sans la gracieuse puissance d’éloigner de l’homme le covid-19, mais sans la disgracieuse puissance de créer le covid-19. Dieu est Dieu. Mais en plein covid-19 comme en pleine peste, il revient à l’homme, et à lui seul, de « faire quelque chose pour le bonheur » (Id). Pour le bonheur de l’homme et pour son progrès.
Si l’homme pouvait avoir le covid-19 sous les yeux, s’il pouvait regarder en face le covid-19, il n’y aurait qu’un propos humain à lui tenir : « Toi virus, tu travailles pour le malheur et la régression ; moi homme, je travaille pour le bonheur et pour le progrès. »

Roger GBÉGNONVI

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