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[Chronique] JME 2020 : Un appel à une gestion durable de l’eau pour le climat

Aujourd’hui 22 mars 2020, la communauté internationale célèbre la Journée Mondiale de l’Eau. Instituée depuis le 22 décembre 1992 à travers la résolution A/RES/47/193 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, cette journée est retenue pour sensibiliser sur l’importance de l’eau douce. Mais elle permet aussi de lancer un appel annuel à la situation des 2,2 milliards de personnes qui vivent encore sans accès à l’eau salubre. Après la proclamation de la Décennie internationale d’actions (2005-2015) sur le thème « L’eau, source de vie », la communauté internationale a décrété la Décennie internationale d’actions « L’eau et le développement durable » (2018-2028) en lien avec l’Objectif de développement durable 6.2 (eau propre et assainissement, pour tous d’ici à 2030).

A l’heure où tous les pays du monde font face à la tempête du coronavirus, le choix du thème retenu « l’eau et les changements climatiques » met en avant une fois encore, l’importance de l’eau. Indispensable pour la vie, elle reste une ressource limitée et inégalement répartie sur la surface du globe : 97,5 % de l’eau sur terre est salée, ce qui laisse à peine 2,5 % d’eau douce que tous les hommes sur terre doivent exploiter pour tous leurs besoins. Dans cette conquête de l’eau pour la vie, selon la Banque mondiale, moins de 50 % de la population rurale d’Afrique subsaharienne ont accès à une source d’eau améliorée. Les insuffisances de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement entraînent chaque année 260 milliards de dollars de pertes économiques dans le monde.
Au Bénin, selon les chiffres de la revue annuelle du secteur eau et assainissement gestion 2018, 58% de la population en zone urbaine ont accès à l’eau. Près de 60% des populations en milieu rural n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Face à ce stress hydrique que subissent plus de la moitié des populations de notre pays, le gouvernement a entrepris des réformes ayant conduit à la création de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEPMR) en janvier 2017 qui met en œuvre un ambitieux programme pour l’accès universel à l’eau potable en milieu rural d’ici 2021 avec un effort important de mobilisation de ressources. Avec ce programme, il est attendu la réalisation de 612 systèmes multi-villageois dont la gestion sera confiée aux opérateurs professionnels pour juguler le taux de panne actuellement élevé. A l’ouvrage depuis août 2017, la marche vers l’atteinte de cet objectif attendu de tous, se matérialise au niveau rural, avec les premiers Systèmes d’Approvisionnement en Eau Potable (SAEP) qui sortent de terre. En milieu urbain, le Directeur Général de la Société nationale des eaux du Bénin (SONEB), Camille Dansou, indique que de 2016 à ce jour, le niveau d’investissement a été multiplié par 5 pour atteindre l’accès universel.

Mais, tous ces efforts peuvent être compromis si la ressource n’est pas disponible dans le temps. Car, d’ici à 2030, on estime que la population urbaine des pays en voie de développement s’élèvera à quelque 3,9 milliards de personnes. L’eau utilisée pour la production d’énergie devrait augmenter de 85 % d’ici 2035. Ainsi, la demande en eau va s’accroitre en même temps que la démographie. Avec les effets pervers du dérèglement climatique, le monde fera davantage fasse à la pénurie d’eau. Selon les Nations Unies, d’ici à 2050, jusqu’à 5,7 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones en pénurie d’eau au moins un mois par an. Nous n’avons pas le choix. Il faut s’adapter aux effets du changement climatique sur l’eau pour protéger notre santé et sauver des vies en utilisant l’eau de façon durable et rationnelle. Face à l’urgence et au risque imminent de la pénurie d’eau, les décideurs sont invités à placer l’eau au cœur des plans d’actions climatiques et promouvoir des solutions durables, abordables et évolutives en matière d’eau et d’assainissement. A l’occasion de cette journée mondiale, le Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres a invité toutes les parties prenantes à « intensifier l’action climatique et à investir dans de robustes mesures d’adaptation pour assurer la durabilité de l’eau ».
En cette Journée mondiale de l’eau, la crise du Coronavirus nous prouve encore une fois, à quel point, l’eau est essentielle à nos vies. Que feront malheureusement, plus de la moitié de nos compatriotes sans accès à l’eau propre comme près de trois milliards de personnes dans le monde qui n’ont aucun moyen de se laver les mains pour lutter contre le coronavirus ?

Les populations du village de Doga de la commune de Materi dans l’Atacora ou de Ahomey Gblon dans l’arrondissement de Sô-Ava-centre pourront-elles se laver les mains alors qu’elles attendent toujours d’avoir le liquide précieux ?
Tantôt amie lorsqu’elle est propre à la consommation, tantôt ennemie et dangereuse lorsqu’elle est infectée, l’eau est une richesse précieuse. Elle n’est pas qu’indispensable à la vie, elle est toute la vie.

Alain TOSSOUNON

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