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Chronique

Démocratie et sacralité des constitutions

L’homme autorise le sacré. « Est Vodun ce que l’homme déclare Vodun. » L’homme instaure le sacré comme phare au-dessus de l’océan, pour guider les navires, leur montrer la direction afin que soit sans encombre la traversée de la mer agitée. Comme fétiche tutélaire à l’entrée du village, pour éclairer le voyageur sur les chemins nouveaux du voyage. Telle se veut aussi la Constitution en démocratie, elle se veut lampe inamovible sur le lampadaire.
Révisera-t-on un jour la Constitution des Etats-Unis ? Gageons que non. Elle est pour les Américains ce qu’est la Ka’ba pour les musulmans : ils tournent autour sans jamais y toucher. Ils tournent autour par moult amendements qui leur ont permis d’aller de 13 Etats à 50, de limiter à deux le nombre de mandats présidentiels alors que la Constitution ignore cette limitation, qui leur dicteront les bonnes solutions aux problèmes à venir. Fidèles à leur Constitution, les Américains font évoluer leur démocratie en laissant intacte la Constitution.
La Ka’ba, « d’origine abrahamique », appelle la vénération du musulman autant que le Saint Coran. On ne saurait en dire autant de la charia. Elle n’est pas un but, mais une voie tracée à la lumière du Coran pour aller vers le Coran. On peut modifier une voie pour aider les voyageurs, permettre aux malades et aux faibles d’atteindre eux aussi le but. La charia est au Coran ce que sont les amendements à la Constitution américaine. Il est de plus en plus question de réviser l’amendement qui autorise et généralise le port d’arme. Pour le même but : la sécurité des Américains. Pour l’aise des musulmans, la charia respecte la laïcité dans les pays non musulmans. Mais Coran et Constitution restent intacts. On ne les révise pas.
De même les Quatre-Evangiles, intangibles pour l’éternité. Pour aller vers eux l’Eglise Catholique Romaine a tracé la voie du Code de Droit Canonique. Sa version de 1983, approuvée par Jean-Paul II, comporte 1752 canons, sans les trois annexes qui, sur des points précis, pour certains pays et certaines congrégations, autorisent une lecture révisée de certains canons. La prochaine version révisera sûrement le canon 277, celui du célibat des prêtres, si le Saint-Siège accepte qu’en Amazonie des hommes mariés accèdent au sacerdoce de rite romain comme le suggère le récent synode des évêques consacré à cette région. Le Saint-Père proposera alors une lecture révisée des encycliques papales puisque, en 1967, Paul VI, parlant ex-cathedra, avait réaffirmé la nécessité du canon 277. En somme, Code de Droit Canonique, charia et amendements, peuvent être révisés, car ils ne sont que des voies tracées à la lumière de l’essentiel pour aller à l’essentiel qui reste non révisable.
L’essentielle Constitution. Il faut appeler à des constitutions africaines à l’américaine dans les démocraties africaines. Au Sud du Sahara, où domine l’analphabétisme, la chose peut s’entendre mal. Mais le monde aujourd’hui va très vite, et l’on ne peut pas réviser la Constitution ou la changer chaque fois que s’impose, par exemple, une nouvelle technologie qui révolutionne la vie citoyenne et politique. On s’y adaptera en restant fidèle à l’essentielle Constitution, on ne la révisera pas. Et on s’interrogera : pourquoi est-on si pauvre au Sud du Sahara tout en occupant l’une des pentes les plus riches de la planète ? L’Afrique s’accroche désespérément aux textes, sacrés ou pas, des autres. Mais les autres abandonnent l’Afrique en rase campagne et partent avec les richesses de son sol et de son sous-sol. Pourquoi ?
« Pierre qui roule n’amasse pas mousse. » L’Afrique au Sud du Sahara doit se donner des textes, dont elle décrètera certains sacrés. « Précisément, dit Aimé Césaire, ce peuple doit se procurer, vouloir, réussir quelque chose d’impossible ! » Oui, cesser de ressasser et de régresser pour enfin progresser. Et donc dire oui à la démocratie et à la sacralité des constitutions. Ne plus traiter la Constitution comme on traite un brouillon. Elle est sacrée.

Roger Gbégnonvi

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