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Chronique

Bénin et Tunisie, Greta Thunberg et Aimé Césaire

Si le système des choses ne l’emporte pas et s’il est encore des hommes, ils noteront que, un peu avant le début du 3ème millénaire après Jésus-Christ, conscients de la nocivité du système des choses, les hommes s’étaient épris de Charles Baudelaire : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »
Le Bénin, encore Dahomey, participa à la quête inquiète d’une politique nouvelle : « Il s’agira de liquider définitivement l’ancienne politique à travers les hommes, les structures et l’idéologie qui la portent. » C’était le 30 novembre 1972. Mais après deux ans d’éructation et d’incantation, le renoncement s’en vint, le farniente nous reprit. Nous nous habillâmes alors d’un ‘‘tout-cousu’’ allemand du 19ème siècle, mésusé en URSS au XXème et qui ne demandait plus qu’á être retiré. Nous n’avons pas eu l’audace voulue par Thomas Sankara : « Oser inventer l’avenir. » Hélas, nous ne sommes pas seuls en Afrique à n’avoir pas suivi Sankara.
Après avoir été ébranlés par l’auto-immolation en 2011 de Mohamed Bouazizi révolté contre la misère tenace, après avoir, dans la foulée, participé aux printemps arabes accoucheurs des mêmes hivers qui les avaient engendrés, les Tunisiens tentent, en 2019, de suivre Baudelaire. Au 1er tour des élections présidentielles, ils s’offrent le choix audacieux entre deux hommes sans parti politique : un professeur si austère que sa campagne fut du porte-à-porte confidentiel, et un homme d’affaires généreux mais si suspect que c’est de sa prison qu’il fit campagne par le biais de son épouse. Quel que soit l’élu en octobre 2019, il semble qu’il écrira sa politique sur le même tableau politico-social du désespoir de Bouazizi et de la tristesse de tous les visages insultés par la rutilance des hôtels du littoral tunisien.
Désarroi de l’Homme constamment ressaisi par ce qu’il a rejeté. En quête inquiète d’une politique nouvelle, les Egyptiens ont chassé un militaire autocrate pour se confier à un religieux intégriste : échec. Ils se retournent alors vers un autre militaire tout aussi autocrate que le premier : ils recommencent à occuper la rue pour réclamer du nouveau. « Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau », les Américains se sont confiés à l’un des leurs venu d’un ailleurs à la pensée humaniste sans prise sur le monde par défaut d’écriture. Il leur a fait respirer, huit ans durant, un air d’élégance, de sourire et de compassion. Et puis, comme fatigués de ce bel ailleurs de l’existence, ils se sont à nouveau confiés à un adepte pur et dur du système des choses du fric, de l’arrogance et de la grandiloquence. L’ancienne politique !
A force de myopie, à force de « mettre le vin nouveau dans de vieilles outres », où va l’humanité ? Peut-être à sa fin. C’est ce que nous dit Greta Thunberg. Sous le coup de la surchauffe du système des choses, la planète panique, les glaciers s’élancent, les mers avancent, les vents se lèvent, inondations, canicules ! Greta nous dit que le ténébreux changement climatique prendra fin sur un lumineux changement politique. Sinon, l’univers qui a commencé sans nous continuera sans nous. Mais Greta Thunberg est une enfant.
Or, accrochés au système des choses, les adultes n’écouteront pas une enfant. Qu’on se rassure pourtant ! En cas de ‘‘solution finale’’ pour tous, quand il ne restera plus grand-monde, il restera « Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole / ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité / ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel… », ceux qu’Ebola et Malaria, etc., auront oubliés ici et là, résidu d’humanité surexploitée, dont parle Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal en 1939, quand se dressait l’adulte tout de ténèbres vêtu et qui jeta sur la terre des hommes ses molosses ameutés à partir de 1924 dans Mein Kampf, hideuse baraque du système des choses, que tous le laissèrent bricoler à la gloire abjecte de l’instinct, contre les lumières de l’intelligence et de l’esprit.

Roger Gbégnonvi

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