Gilles Kangni : ce prof qui produit des premiers au baccalauréat béninois

Depuis la session 2014 du baccalauréat au Bénin, Gilles Kangni s’est confortablement installé en tête des enseignants qui produisent de très bons résultats avec à son actif le premier du Bénin chaque année … presque : 2010 (Collège carrefour de la réussite à Lokossa), 2014 (Collège catholique de Lokossa) , 2015 ( collège catholique d’Azovè), 2016 ( Collège catholique de Lokossa) et en 2019 (Collège catholique de Lokossa). Ces performances pour le moins exceptionnelles cachent à l’évidence des secrets que partage avec nous, le professeur de mathématiques.

Gilles Kangni, enseignant de math

Ce qui est devenu presqu’un rituel pour le professeur a commencé en 2010. Alors qu’en début de carrière de l’enseignement, Gilles fait ses premiers cours (d’essai) de mathématiques dans une classe de terminale. Et cours de maître !
Le premier du bac du Bénin session 2010 est passé entre ses mains, dans un collège privé. Et depuis, il enchaîne les succès avec ses élèves.

« Merci monsieur car grâce à vous aussi, je suis premier du Bénin au bac. » Combien de fois Gilles Kangni n’ a-t-il pas entendu ce message de gratitude pour son travail d’accompagnement dans la réussite des apprenants ! Un devoir de reconnaissance dont se contente Gilles comme il nous le confiait ce lundi 23 juillet, juste après que Hountongbé Claudia Merveille Thalia, son élève truste à la première place du baccalauréat du Bénin session 2019 avec une moyenne de 18,13, série C : « C’est une source de fierté et de bonheur suprême. Sans me prendre la tête, ça devient une routine parce que c’est quand même la 5ème fois en moins de 10 ans (de carrière d’enseignement ). Je commence par m’habituer à cela. » Routine, pour lui certes, mais pour d’autres, cela sort de l’ordinaire. D’où cette question : qu’est-ce qui fait que ses apprenants obtiennent autant de bonnes notes les plaçant au sommet du baccalauréat ? Pour lui, la réponse est simple : « Mon secret ? C’est le souci du défi du travail bien fait. On me targue d’infatigable. C’est vrai que quand je m’y mets, rien ne m’arrête. Il n’y a pas de vacances, il n’y a pas de congés. Les seuls rares jours qui peuvent nous voir nous reposer, ce sont les jours de fête… Nous sommes occupés 12 mois sur 12.»

La disponibilité des responsables des collèges privés

De son statut d’agent contractuel de l’État (Ace), Gilles est formel ! Il y a une différence entre le privé et le public en matière de gouvernance dans les écoles.
« Avant d’avoir ces résultats dans le privé, nous avons eu des résultats un peu flatteurs dans le public. Mais ce qui fait la différence au niveau des collèges catholiques où nous avons eu ces résultats, c’est la disponibilité des dirigeants à nous écouter », argumente le professeur. Et il s’explique : « Vous pouvez avoir ces collèges catholiques du lundi au dimanche, à toutes les heures de la journée. Vous pourrez y travailler jusqu’à 23 heures. Ils mettent à votre disposition lumière, mobilier et tout. Il n’y a pas de limite. »

Hountongbé Claudia Merveille Thalia, 1ère au baccalauréat 2019 au Bénin

La part des apprenants

Revenant sur son caractère infatigable comme secret de réussite, le professeur a révélé l’effort que font ses élèves. « On n’ est pas fatigué au travail. On y est tout le temps. Et les enfants qui sont de ce niveau-là, quand ils vous suivent, ils se rendent compte que l’histoire est là. Les aînés ont fait ça et ils ont réussi ; donc ils s’y mettent aussi. Et ça devient un cercle qui ne se referme plus. »

Le Bac 2020 déjà dans le viseur

Jusque là, en dépit de ses performances, Gilles Kangni n’a reçu aucune distinction comme retombées à part ses anciens élèves tous à l’extérieur qui lui écrivent souvent. « Nous passons dans l’ombre. Nous sommes des hommes de l’ombre », se désole-t-il.
Et pourtant, pour le professeur, il est hors de question de s’arrêter en si bon chemin. « Là maintenant, je viens des cours. Je m’apprête encore, à 15 heures, je vais y retourner parce que quand vous voyez ces enfants tutoyer ces sommets au niveau national, on ne se rend pas compte du travail sous-jacent qui se fait. Les prochains (candidats) sont déjà en préparation comme si c’était en pleine année scolaire », confie Gilles Kangni.

Venance Tonongbé