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Chronique

‘‘Naissance d’un nouvel idéal’’ au Bénin

Jolie formule émanée du Chef de l’Etat dans son adresse à la Nation le 20 mai 2019. Il parlait des maux de casses, d’incendie, de blessés, de morts que les Béninois se sont infligés après les législatives : ‘‘Cette épreuve…devra nourrir la naissance d’un nouvel idéal.’’ Il aura ainsi évité la scie des ‘‘changement de mentalité’’ et autres ‘‘prise de conscience’’, scie tellement usée qu’elle ne sert plus à rien. Son vœu n’est donc pas nouveau. Mais que faire pour qu’il ne reste pas, comme à l’habitude, un vœu pieux dans le genre ‘‘cause toujours ’’ ?

Dans son drame ‘‘Ruy Blas’’, Victor Hugo, qui fut aussi député pour ‘‘Les misérables’’, fait dire à son héros, son alter ego entré dans ‘‘la salle du gouvernement’’ par surprise : ‘‘Bon appétit, messieurs ! O ministres intègres ! / Conseillers vertueux ! Voilà votre façon / De servir, serviteurs qui pillez la maison… / Donc vous n’avez pas ici d’autres intérêts / Que remplir votre poche et vous enfuir après !’’ Car c’est un mal de partout et de toujours que celui des dirigeants cambrioleurs des peuples qu’ils dirigent. On feint d’être bon député, ministre dévoué, pour mieux accaparer l’argent de l’Etat et du peuple. Et si l’on risque d’‘‘avoir des ennuis’’, on s’en va se planquer en Europe ou aux Etats-Unis avec l’argent volé. C’est ce que dit Victor Hugo. Et l’on n’a que faire des rues de chez soi qui sont nids de poule, des hôpitaux qui sont mouroirs, des écoles qui sont endroits où l’on ne laisserait pas son Berger allemand poser les pattes. Et pendant que, fort de l’argent emporté, on finance des liturgies en vue d’obtenir la bienveillance de l’Idéale Bonté qu’on a logée là-haut au-dessus des nuages, on reste soi-même sans bonté ni empathie, sans foi ni loi, on n’entend pas la mise en garde qui traverse l’univers depuis deux millénaires : ‘‘Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent.’’ Paradoxal Matthieu ! Il fait de l’Argent, et non de Satan, l’égal et l’opposé de Dieu. C’est que l’Argent est Satan dès lors qu’il a cessé d’être votre serviteur pour devenir votre maître et seigneur, dès lors que vous l’avez fait passer devant et que vous lui courez après, dès lors que, pour vous ‘‘faire de l’argent’’, vous vendriez tout le monde et votre père, après avoir décrété que les choses et les personnes n’ont de valeur que trébuchante et sonnante, et que, au Bénin, vous hantez nécropoles et cimetières en quête de crânes et tibias humains pour les puissants talismans qui vous mettront en possession de toujours plus d’argent.
Car l’idéal béninois, relayé par les proverbes, est aux antipodes de l’idéal évangélique et s’énonce encore et toujours : ‘‘Pendant que tu manges du mouton, tâche d’abattre la tourterelle en vol.’’, ‘‘Même rassasié, on ne saurait s’arrêter de manger de la viande.’’, ‘‘L’on doit manger de son vivant tout le produit de son labeur.’’, etc. Un idéal (!) d’accumulation et d’égocentrisme sans limites. Tout pour soi et par tous les moyens. Il s’ensuit que, dans sa partie Abomey, qui fut royale et conquérante, les dirigeants béninois nous ont laissé en héritage des remparts pétris de sang humain, tel trône élevé sur quatre crânes humains, des cases entourées de restes humains et animaux, etc. Un idéal (!) et un héritage de mort.
L’idéal de prédation semble inscrit dans l’ADN de tout Béninois. Il s’ensuit que nos dirigeants, depuis 60 ans, ne se sont pas aperçus qu’ils œuvrent á laisser en héritage á nos enfants et petits-enfants un Bénin exsangue et invivable, dont ils auront transféré tout l’argent dans les banques d’Europe et d’Amérique pour leur bien-être personnel et celui des leurs. Il s’ensuit que l’appel à la ‘‘naissance d’un nouvel idéal’’ s’adresse à tout Béninois détenteur d’une once de pouvoir politique, d’une once d’autorité morale. Il faut effacer l’idéal ancien de mort et d’héritage de mort, marcher vers l’idéal de vie et d’héritage de vie, s’engager pour la convivialité nationale, en ayan dès maintenant et pour toujours ‘‘les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle.’’ Oui, accomplir la prophétie d’Aimé Césaire.

Roger Gbégnonvi

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2 Commentaires

Sacca mai 25, 2019 at 9:45

Belle plume Professeur. Comme d’habitude.
Mais comme qui dirait, sacrifice bien consenti commence par soi-même.

Reply
Do mai 26, 2019 at 1:49

Merci Excellence

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