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Éditorial

Bénin : Ainsi, couci-couça, d’une année à l‘autre

De noël à la saint-sylvestre, sourires, souhaits, cérémonies. Et il est un fait que ces dernières nous ont occupés abondamment. Car il a fallu rendre grâces pour l’année 2017, traversée couci-couça, mais traversée. Car il a surtout fallu baliser le chemin pour l’année 2018. Nous avons donc communié avec les ancêtres trépassés, avons badigeonné de sang de moutons et de poulets, d’huile rouge et de farine blanche, leurs autels dans la masure enténébrée où on les voit debout sous forme de piquets en fer rouillé, fichés en terre. Nous adressant à eux, nous avons poussé moult incantations plus ou moins menaçantes pour éloigner le malheur et anéantir la mort. ‘‘Nous ne vous cherchons pas noise. Laissez-nous donc vivre ici-bas. Repoussez indéfiniment le moment de nos retrouvailles là-bas.’’

Sortis du gourbi des ancêtres trépassés, nous nous sommes rendus, de nuit, dans une brousse plutôt éloignée du domicile. Nous y avons croisé des hommes et des femmes angoissés, comme nous, par l’avenir de l’année devant nous. Comme eux, nous avons accompli l’autre grand rite d’éloignement du malheur et d’anéantissement de la mort. Faute de la vache dispendieuse égorgée pour baigner dans son sang déversé dans un trou-cercueil, nous nous sommes lavés littéralement du sang de trois moutons et de sept poulets, en nous frottant avec vigueur le corps des pieds à la tête et de la tête aux pieds à l’aide d’une lavette mystique achetée auprès de Bokonon, interprète de la pensée des dieux sur notre avenir.
Sortis de la brousse, hébétés et sanguinolents, nous avons mis des habits propres, et nous nous sommes rendus à l’église. Là, en égrenant les mille Ave Maria recommandés par l’abbé pour leur efficacité foudroyante, nous avons baigné, métaphoriquement, dans le sang de Jésus. Les chrétiens évangéliques ont inventé ce truc. Les chrétiens catholiques, qui l’ont adopté, baignent dans le sang de Jésus en ajoutant au bain les mille Ave ci-dessus, et surtout les messes-Jéricho, sept jours d’affilée, suivies de l’adoration du Saint-Sacrement exposé. Que peut-il y avoir de plus puissant que de baigner dans le sang de Dieu pour éloigner le malheur et anéantir la mort ! Mais on ne délaisse pas pour autant les trucs traditionnels.
Ce train de trucs a d’ailleurs fait un grand bond en fin d’année 2017, de noël à la saint-Sylvestre, à cause du léger vent d’impunité parti du palais de la République et qui, s’il se muait en ouragan, pourrait emporter plein de gens heureux jouissant depuis longtemps de leurs biens très mal acquis. Ces gens ont couru chez Bokonon qui, dans son antre enfumé, leur a fait ingurgiter une soupe grise pour le blindage mystico-physique. Ils sont allés ensuite badigeonner les ancêtres, puis ce fut la brousse pour le bain sanguinolent. Enfin l’église. A coups de ‘‘je baigne dans le sang de Jésus’’, ils ont récité le chapelet par paquets de mille Ave et enfilé les messes-Jéricho. Obséquieux, l’abbé leur a refusé la Sainte Communion. Mais les délinquants en col blanc ont demandé au Saint Ostensoir d’envoyer du feu partout où il le faut, pour leur éviter le tribunal. Puis, regardant Dieu bien en face et le menaçant presque, ils ont susurré une incantation forte : ‘‘La main jamais n’attrape le vent. Moi-même vent !’’
Ainsi, couci-couça, d’une année à l’autre, ça traîne son existence, répétant les mêmes rites, éloignant le même malheur, anéantissant la même mort, sans voir que ce train de trucs conduit en terre de déprime où rien ne pousse, sauf la peur et la galère pour tous, en plus le béribéri pour les enfants et le chômage pour les jeunes. Occupé à contrer le malheur, on omet de ‘‘faire quelque chose pour le bonheur’’. Convaincu que si l’on ne prenait pas ce train de trucs, on prendrait le ciel sur la tête, on court, quitte à incarner ‘‘Achille immobile à grands pas’’. Mais ‘‘Il faut imaginer Sisyphe heureux’’, car s’il ne passait pas son existence à remonter la pierre qui, sans cesse, retombe, il n’aurait pas d’existence. Mais quelle vie !

Roger Gbégnonvi

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