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Chronique

Arracher le Bénin à ses démons historiques

Soucieux de l’avenir du Bénin, des Collines au Littoral, parents et futurs parents s’interrogent en 2017 et, sans s’être concertés, aboutissent à l’idée d’une ‘‘Conférence culturelle nationale’’, une sorte d’opération ‘‘Vérité et Réconciliation’’. Ils ont découvert en effet le drame du Bénin, ses rancœurs ethniques, et que ce n’est pas en 66 ans de colonisation ni en 57 ans d’indépendance que l’on efface 400 ans d’esclavage, perlés de guerres pour traquer hommes et femmes afin de les vendre ou de les sacrifier.

Car ‘‘Il est temps que les Africains comprennent que leurs ancêtres se sont, en toute complicité, entendus avec les Européens pour le démarrage et la bonne santé de cette œuvre commune qui n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité : la traite atlantique’’ (A. Félix Iroko). Car ‘‘que le nombre des victimes soit si énorme, que les cérémonies en soient si lugubres, qu’à la cruauté on ajoute la plus amère dérision…, que tous les jours la maison du roi (comme il arrive au Dahomé) soit arrosée de sang humain, et que l’on proclame cela être nécessaire pour le salut du royaume, cela ne soutient plus le raisonnement, fût-il le plus absurde’’ (Francesco Borghero). Car ‘‘à partir de 1888, la traite des Noirs obtint son abolition… Béhanzin se trouvait bloqué ; car il lui fallait des armes. De connivence avec les grandes firmes existant à Ouidah, des échanges auront lieu entre lui et les directeurs du tracé de chemin de fer Congo-Océan. Le souverain expédiait clandestinement des esclaves contre des armes… Etant donné que [la] guerre franco-dahoméenne empêchait toute campagne d’hégémonie, Béhanzin s’attaquait tout simplement aux paisibles populations d’Abomey et de ses alentours sans considération de rang social ou royal. Le bas-peuple était le plus éprouvé’’ (Justin Fakambi).
Barthélemy Adoukonou dénombre ‘‘100 millions d’esclaves déportés en Amérique’’. Ce qu’il appelle ‘‘hybris de l’homme’’ a laissé au Dahomey-Bénin, jusqu’à aujourd’hui, une atmosphère de guerre permanente, quoique larvée, et qui envenime tous nos rapports sociaux et politiques : ‘‘Non, tu ne l’épouseras pas : ses ancêtres ont vendu les nôtres… Non, toi notre enfant, tu n’auras pas nos voix avec ce vice-président de ton parti : depuis toujours, son ethnie considère la nôtre comme un ramassis d’esclaves…Eux, c’est des achetés…’’, etc.
On le voit, pour que le soleil de la concorde se lève sur le Bénin demain, il faudrait aller vers quelque chose qui ressemble à une ‘‘Conférence culturelle nationale’’, une sorte d’opération ‘‘Vérité et Réconciliation’’. Mais quelle chance aurait une telle démarche d’être sincère si notre culture n’a pas une grande notion du pardon et n’a aucune notion de la grâce ? Dans l’espace Aja-Tado, il n’y a que la terreur du pacte de sang pour créer quelque lien de confiance ou d’amitié entre deux personnes. Or pendant que l’on procède au lugubre cérémonial de ‘‘boire le Vaudou’’ pour que toute trahison soit suivie de la mort du traître, il y a la possibilité de ce que Paul Hazoumê appelle la ‘‘restriction mentale’’, consistant en une astuce frauduleuse qui ‘‘ménage une issue à la trahison’’ sans dommage pour le parjure.
Déroute de l’Esprit. Totale désespérance. Raison de plus pour nous assoir ensemble, nous dire la vérité. Nous avouer, par exemple, que, dans les Eglises chrétiennes et les Loges maçonniques où nous nous affichons, nous ne cherchons qu’à paraître et non à être, car notre être est rivé au Vaudou qui jamais ne s’élève. Cet arrimage nous empêche d’entendre l’évangéliste Jean des Chrétiens et des Maçons : ‘‘Qu’ils soient parfaits dans l’unité’’ (17/23). Loin de là, nous voici crétins et divisés au milieu du fatras de nos vaudous rampants. Ce constat devrait nous amener à corriger drastiquement notre culture qui nous enchaîne au passé, alors que nous devons arracher le Bénin à ses démons historiques pour enfin avancer.

Roger Gbégnonvi

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1 Commentaire

folahan Banidje octobre 28, 2017 at 7:14

Belle analyse du professeur Gbégnonvi, quoique déficiente. Que certains Africains se soient alliés à certains Européens pour vendre d’autres Africains en esclavage est un fait majeur d’histoire qui mérite effectivement une assise de Vérité-Réconciliation pour définitivement établir la paix et la cordialité entre les bourreaux et les victimes d’hier. Un pays comme le nôtre, le Bénin, en a plus que besoin. Que des humains soient immolés lors des cérémonies des grandes coutumes à Abomey ou ailleurs, en l’honneur des ancêtres ou des dieux est un fait qui est, à nos yeux d’aujourd’hui qu’hier -tout en me gardant des jugements indignes d’un chercheur- intolérable et fondamentalement malsain. Là aussi, un dialogue, un pardon expiatoire me semble bien fondé pour l’unité des fils du pays. Mais là et simplement là s’arrête, à mon sens, le bien fondé de cette analyse, ce qui n’est pas rien. Lorsque le professeur dit que  »notre culture n’a pas une grande notion du pardon et n’a aucune notion de la grâce; je lui réponds: erreur et mauvaise appréciation. En effet, aucune culture n’est génératrice en propre de ces valeurs vu que la culture elle-même est un construit social. Ces valeurs sont produites par l’éducation. Le pardon est un acte volontaire. Il intervient plus aisément lorsque la douleur de la victime cesse. Ces principes moraux n’ont jamais fait défaut à notre société dans la simple mesure que toute société humaine, aussi barbare qu’elle puisse paraître les a secrétés…et que nous sommes banalement des humains. Ce que je déplore dans cette idée, c’est cette autoflagellation ou cette sous-estimation de soi qui consiste à dire que les autres sont meilleurs, ils en ont, nous pas: il n’y a qu’une seule espèce humaine, les différenciations visibles ne traduisent que les différentes déclinaisons de la même espèce, en conséquence, il n’y a rien, de bien ou de mal, qui existe chez les autres qu’il ne put exister aussi chez nous, il suffit de bien voir… Et que dire de « notre être [qui] est rivé au Vaudou qui jamais ne s’élève »? Sacrilège! Je veux que le professeur Gbégnonvi sache que le Vaudou n’est pas demandeur du sang humain autant que le Dieu catholique n’a demandé les âmes des victimes de la Sainte Barthélémy, ou des victimes d’Inquisition au cours des autodafés trop nombreux: ce ne sont que des imbécillités humaines qui ont conduit à ces excès, le Vodou ou le Dieu catholique n’en ont pour rien. Je n’aborderai pas l’aspect maçonnique.Dans sa désespérance, sa haine ou méconnaissance de la religion ancestrale, l’éditorialiste s’en remet, pieds et mains liés à l’évangile. Mais sait-il que l’évangile n’a jamais sauvé aucun peuple de l’inimitié et de la ruine sur cette terre? même pas Rome (Toute la chrétienté a échoué). Que le Dieu chrétien était mort (Freud) et évacué de l’espace public, où il handicapait l’éclosion du génie humain, avant que sa carcasse nous soit transportée en Afrique? Faudrait-il lui rappeler que la bible a caché entre ses pages moralisatrices la cravache du commandant et autres instruments de tortue de la colonisation, et que c’est au nom de cette évangile qu’on a distingué les races inférieures qu’il fallait civiliser? Professeur, votre Dieu n’est pas parfait, en tout cas pas plus que Vodou. Il vous est loisible de croire à ce que vous voulez, mais arrêtez, s’il vous plaît de vilipender le Vodou: tout au long de cet article, vous semblez lui portez tous les malheurs du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, pourquoi pas de demain si tous béninois ne devenaient pas chrétiens comme vous. Et s’il y a à corriger note culture, ce qui est normal parce qu’elle doit évoluer avec et comme tout autre culture du monde au risque de s’étioler, ce n’est pas à l’évangile qu’il faut le demander. A nous-mêmes. Avec le secours des Ancêtres. FB.

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