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Bénin : 300f, 500f, 1500f, Python, la ‘‘divinité’’ qui se vend

Vénérés depuis des siècles à Ouidah en tant que l’incarnation de l’Être Suprême dans le panthéon vodoun, les pythons font aujourd’hui l’objet d’un important trafic dans certaines communes du Bénin dont les conséquences sont énormes. La commercialisation de ces ophidiens est devenue une activité génératrice de revenue normale. La Météo a mené l’enquête.

Nous sommes à Sèhouè, dans la commune de Toffo, département de l’Atlantique, Bénin. Dame Adjanou, la cinquantaine y a élu domicile depuis sa jeunesse. Elle est revendeuse de serpent python. « Je suis dans ce commerce il y a de cela plus de vingt ans. C’est grâce à la vente du python que j’ai réussi à acquérir une parcelle et à construire ma propre maison ». Adjanou nous conduit dans une des pièces de sa maison. Nous y découvrons une dizaine de pythons soigneusement gardée dans des sacs en tissu qui attendent d’être livrés. « J’achète les plus grands à 1500f voire 2000f Cfa et les tous petits à 1000f chacun chez les paysans. Je revends à 3000f ou 3500f », nous souffle la revendeuse. A la question de savoir si elle est la seule revendeuse de serpent dans la zone, la cinquantenaire murmure : « Non ! J’ai perdu le monopole de ce commerce. Dans ce seul village, nous sommes une dizaine » En effet, à l’instar de cette dame, plusieurs femmes et hommes des villages de la commune de Toffo et certains des communes environnantes telles que la commune d’Allada, de Zogbodomey et de Bohicon se livrent à cette activité.

Un commerce bien organisé

C’est un trafic qui coule à plein temps. D’avril en décembre, ce sont des milliers de pythons qui sont vidés des forêts. Entre janvier et mars, période de la ponte de ses serpents, c’est la razzia sur les œufs dont l’unité est comprise entre 300f et 500f CFA. « Pour faire plus de bénéfice, je conserve les œufs dans la cendre recouvert de couche de tissus. Et dès que ces œufs sont en voie d’éclosion, je les revends plus chers car à cette étape, ils sont très prisés chez nos acheteurs », confie une autre revendeuse. De notre enquête, 365 jours sur 365, il ressort que des milliers de pythons sont arrachés des forêts béninoises, vendus à des intermédiaires qui les revendent à des trafiquants. Gardés momentanément dans des enclos, ces espèces fauniques, très utilisées en maroquinerie, en ménagerie, dans les zoos et les terrariums sont exportées vers l’Europe et les États-Unis en transitant par le Togo.
Et pourtant, ces ophidiens sont protégés par la convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore menacées d’extinction (Cites) et la loi n° 2002-16 du 18 octobre 2004 portant régime de la faune en République du Bénin et son texte d’application qui stipule que « …la chasse, la capture, la détention, le transport et la commercialisation des espèces intégralement protégées sont interdits et les infractions vis-à-vis de ces espèces sont punies de 6 mois à 5 ans de prison ferme avec des amendes allant de 300 000f cfa à 800 000 fcfa. » La Direction des forêts et ressources naturelles au Bénin (Dfrn), structure étatique à charge de la lutte anti-braconnage n’autorise que l’exportation des reptiles issus d’élevage.

Où est le problème ?

Le problème est que selon Eric Hounkponou, agent des eaux et forêts à la retraite, si rien n’est fait pour arrêter immédiatement ce trafic, des ophidiens pourraient disparaitre de la faune du Bénin d’ici quelques années. Et cela serait catastrophique pour l’économie béninoise et un obstacle à la sécurité alimentaire. Selon les statistiques disponibles, le secteur agricole compte pour environ 39% du PIB, contribuant à près de 80% des recettes d’exportation et 70% des emplois. Or la surexploitation de ces pythons qui se nourrissent des rongeurs perturbe la chaîne trophique. La conséquence immédiate est que les terres cultivables subiront une explosion démographique des rongeurs. Ces derniers détruiront le secteur agricole en générale, et les cultures vivrières en particulier comme le maïs, l’igname, le manioc, l’ananas. Dans un tel conteste, des millions de populations pourraient être plongées dans l’insécurité alimentaire. D’ailleurs, des résultats de la deuxième enquête sur les conditions de vie des ménages ruraux au Bénin, il ressort qu’au moins 33% des ménages sont incapables de satisfaire leurs besoins minima alimentaires malgré le niveau élevé des dépenses alimentaires sur le budget, tandis que la prévalence de la malnutrition aigüe au sein des enfants de 6 à 23 mois est de 19%.
Au delà du secteur agricole, les prélèvements anarchiques des pythons de la nature mettent en péril le patrimoine culturel et cultuel de certaines communautés. En effet, à Ouidah, toujours dans le département de l’Atlantique, ville située dans la partie méridionale du Bénin vivent des communautés Xwéda et Fon qui vouent un culte aux pythons. Dans ces communautés, le python n’est pas une simple espèce faunique. C’est un dieu dans la cosmogonie de la religion Vodoun : ‘’le dieu-serpent Dan ou Dangbé’’. L’extinction de ces reptiles entrainerait la disparition d’un pan de l’identité culturelle et cultuelle des communautés Xwéda et Fon de Ouidah, avertissent certains gardiens de la tradition.

Venance Tonongbé

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2 Commentaires

Tidjani Is-Deen Olouchegoun juin 19, 2017 at 10:45

Vraiment, ça un bon papier de terrain. J’ai aimé et je vous félicite pour l’effort.

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Yazoinfos juin 19, 2017 at 12:33

Autoriser l’exploitation des espèces seulement dans le contexte de l’élevage ouvre considérablement la porte à la surexploitation des espèces. Ceux qui vendent «au noir», sont les éleveurs de serpents, ils mettront tout ça sur le coût de la loi qui autorise la vente dans ce contexte. Je pense qu’il faut tout simplement interdire la vente dans tous les contextes pour que l’espece soit plus protégée

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